Contrebande au début du XIXe siècle dans la Hardt sur le Rhin... et à Blodelsheim

Troubles au village entre 1810 et 1858

La contrebande dans la Hardt et sur le Rhin à Blodelsheim au XIXe siècle fut relatée par la Société d'Histoire Hardt-Ried en 2007 par Olivier Conrad

Ce travail de recherche d'Olivier Conrad est remarquable, comme on peut le lire, Blodelsheim est maintes fois cités dans ce trafic... et plusieurs villageois qui ont eu affaire à la justice au début du XIXe siècle ! 

Emile Decker en fit un résumé qu'il proposa dans le MI DORF N° 51 de décembre 2009.

Troubles à Blodelsheim entre 1810 et 1858

En 1797

Tout d'abord la tenue de l'élection municipale en mars 1797 et des affaires courantes normales

 

Ce qui suit sont des faits enregistrés dans le registre des comptes rendus du Conseil Municipal de 1797 de Blodelsheim. Ce sont des traductions de textes en allemand difficile à déchiffrer.

 

Suite aux nouvelles directives de l'administration nationale, le CM en place se voyait dans l'obligation d'organiser des élections pour un agent national.

Le 10 Germinal an 5 (30-03-1797) à 10 heures du matin, à la sonnerie des cloches, les bourgeois au nombre de 120 étaient appelés à se réunir à la maison commune en vue d'une élection. Un comité de 3 personnes les plus âgées préparaient cette élection à bulletin secret. Puis, il y avait élection d'un  comité comprenant un président, d'un secrétaire et de 3 scrutateurs. Ont été élus, Laurent PETER dit le vieux avec 91 voix comme président, François Blaise RENNER avec 87 voix comme secrétaire, Laurent PETER dit le jeune, François Joseph MEYER et Jean HERR comme scrutateurs. A la suite seulement l'on procéda à l'élection d'un agent national. C'est François Joseph MEYER le jeune qui est élu avec 81 voix et qui accepta cette nouvelle fonction.

 

Ce jour du 15 Prairial an 5 (3-06-1797) est enregistré le constat suivant:

Le taureau pour la reproduction du bétail des agriculteurs est atteint d'une grave maladie et qu'il est préférable de le livrer au boucher du village. Le citoyen SCHILLINGER, boucher, l'achète pour la somme de 60 livres qu'il a payé à Sébastien ERNST receveur municipal.

 

Le 3 Fructidor an 5 (20-08-1797) est enregistré un contrat de location pour une durée de 9 ans avec Benoît DECKER au sujet d'entretien d'un taureau et d'un verrat, des bêtes de reproduction pour le bétail des agriculteurs locaux. Les conditions du contrat sont les suivantes: en cas d'épidémie qui devrait contaminer le taureau, la municipalité verserait à DECKER 48 livres de dédommagement. Pour le verrat, il sera mis à la disposition du porcher, mais DECKER devra entretenir une 2ème bête. (le porcher amenait un troupeau de porcs en pâture sur les terrains en friche) 

Pour l'entretien de ces bêtes de reproduction, il est alloué à Benoît DECKER quelques terrains de culture, environ 2 ha 50 et un pré d'une surface importante non définie.

                      

Le 10 Fructidor an 5 (27-08-1797) la municipalité s'adressa au verrier Antoine LUTZ d'Ottmarsheim afin de faire réparer et remplacer les vitres cassées et abîmées des neuf vitraux de l'église paroissiale. Les réparations devront être exécutées dans un délai de un mois, pour le prix estimé à 84 livres.

 

Le jour du 17 Vendémiaire an 6 (8-10-1797) le conseil municipal a réuni la communauté pour donner en location des bâtiments communaux:

Premièrement: la maison du berger est adjugée à Joseph HUEBER au prix de 22 livres avec caution de Blaise BRUN.

Deuxièmement: une partie arrière du même bâtiment habitable est louée à Michel WITZ au prix de 21 livres.

Troisièmement: une autre partie habitable est louée à Antoine BARTHELEMY pour 22 livres.

En même temps est adjugée la maison du salpêtrier située dans le haut du village à Joseph MEYER, employé, pour la somme de 63 livres.

 

Ce même jour, il a été enregistré un accord entre la municipalité et Benoît DECKER, meunier, pour le contrat de location du moulin communal.

Pour l'année écoulée, le meunier est redevable de 111 livres 18 sols en numéraire 5 rézaux de seigle et 6 rézaux de méteil. Mais il a droit à une réduction de loyer, vu que le moulin était à l'arrêt forcé dû au manque d'eau pendant un trimestre.

 

Le 23 Pluviose an 6 (18-02-1798) devant la municipalité réunie, il est alloué par adjudication pour un an et la somme de 18 livres au moins disant le poste de receveur municipal à Jean HERR de Blodelsheim.

 

8 Ventose an 6 (26-02-1798) Plusieurs particuliers réclament  les indemnisations pour voitures qu'ils étaient obligés de livrer au parc de Sélestat le 3 Nivose an 3 (23-12-1794). Pour ce contingent local l'indemnisation était prévue en numéraire et non en assignat.

La voiture de François Joseph RUDOLF est estimée à 250 livres, celle de Benoît DECKER 225 livres, celle de Martin EICHENBERGER à 200 livres, celle de Georges FREY à 200 livres, et celle de Antoine SITTERLE à 200 livres.

 

 

Emile DECKER – Blodelsheim

Registre des P. V. du C. M. /  1788 - 1822

 

 

 

1810

 

Lettre adressée au Préfet du Haut Rhin en date du 10-10-1810 - Mise au cause du Maire Schillinger

 

 

Source : ADHR Colmar

Les soussignés tous membres du conseil municipal de la commune de Blodelsheim.

 

Monsieur 

 

Monsieur le Baron de l’Empire, membre de la légion d’Honneur et préfet du département du Haut Rhin

 

Le conseil municipal de la commune de Blodelsheim a eu l’honneur de vous présentez le 25 septembre dernier une pétition contre le Sieur SCHILLINGER natif de la Forêt Noire et Maire de Blodelsheim. Le conseil vous a supplié de nommé un commissaire étranger qui ne connaît ni les membres du conseil, ni le maire, ni aucun habitant de la commune.

 

Les soussignés renouvellent la même demande avec offre de déposer d’avance les frais qui pourront occasionner les frais de routes, de séjour et vacation du commissaire.

Il paraît que la pétition dont il s’agit a été adressée au maire, du moins le fait il déjà sentir. Les soussignés ne vous rappelleront encore des faits dont est la plainte. Le commissaire impérial que vous déléguerez à cet effet le constatera avec beaucoup d’autres. 

 

Nous vous prions donc instamment, Monsieur le Baron Préfet, de bien vouloir accorder la demande que vous font les soussignés qui sont tous membres du conseil municipal. Nous n’ignorons pas que le maire de Blodelsheim à quelques amis chauds à Colmar qui le protègent ; mais ces amis disparaîtront devant votre justice et la tranquillité sera enfin rétablie dans la commune de Blodelsheim, les faits devront être vérifiés contradictoirement, tout le conseil municipal assemblé.

 

 

Nous sommes, avec le plus profond respect, Monsieur le Baron Préfet,

Vos très humbles et très obéissants serviteurs

 

 

Les signatures :

Antoine SITTERLE

Ulrich KEHL

Jean DECKERT

Joseph THUET

 

 

27 décembre 1810

 

 

Source : ADHR Colmar -  Série 2 M / 55 

Lettre au Préfet sous forme de pétition 

Monsieur le Préfet du département du Haut Rhin, Baron de l’Empire et membre de la Légion d’Honneur.

 

Monsieur le Préfet.

 

Nous avons l’honneur de vous prévenir que d’après la décision que vous avez prise relativement aux plaintes qui vous ont été présenté contre le Sieur SCHILLINGER, maire de cette commune. Nous nous sommes adressé a lui, tant que pour avoir nos pièces que vous lui avez adressé et qu’il doit nous remettre, que pour avoir les frais auxquels vous l’avez condamné. Mais, Monsieur le Baron Préfet, le maire nous répond, en se moquant de nous qu’il a déjà payé et que les pièces lui appartiennent, ce qui nous force, Mons. le Baron Préfet de recourir encore à votre justice pour que votre décision soit exécuter.

 

Nous respectons, Mons. le Baron Préfet votre décision, mais il est cependant pénible d’avoir un préposé un homme né dans un pays étranger, homme tout à fait opposé, homme qui est à la veille d’être totalement exproprié, qui a commandement de 30 jours pour une somme de 31000 francs, homme qui pendant qu’il est maire s’est ruiné ! pour la contrebande en marchandises anglaises, ce que l’on peut prouver non seulement pour mémoire, mais pour ces propres écrits qui par ce fait seul est nécessairement ennemi de Sa Majesté, notre Empereur et Roi de notre patrie.

 

Tous cela, Mons. le Baron Préfet nous déchire l’âme ainsi qu’à tous les citoyens de la commune, mais vous avez décidé et nous respectons votre décision.

Désirant cependant uniquement à ce que vous voudriez bien ordonné à ce qu’il rende compte de ses gestions depuis qu’il occupe les fonctions de << Maire >> pour tout ce qui concerne les revenus patrimoniaux à tout le conseil municipal assemblé.

 

Et provisoirement et de suite à ce qu’il nous rende les pièces que vous lui avez adressé pour nous les remettre de même que les frais auxquels vous l’avez condamné ;

 

Nous sommes avec le plus profond respect, monsieur le Baron Préfet

Vos très humble et très obéissants serviteurs tant en leurs noms qu’a ceux de tous les membres du conseil.

 

 

Signatures : Antoine SITTERLE – Michel KUHN

 

En 1813

 

Source : ADHR de Colmar en Série 2 M / 55

Mise en cause de l'ex-maire Ignace SCHILLINGER par Monsieur HOFFMEYER

Lettre de Monsieur HOFFMEYER de Blodelsheim à Monsieur le Préfet du Haut Rhin.

Monsieur le Préfet.

 

La confiance la plus respectueuse que nous avons dans votre bonté nous engage à réclamer justice et nous donne l’assurance de l’obtenir.

C’est cette persuasion, Monsieur, que j’ai l’honneur de vous exposer que faisant partie des habitants de Blodelsheim qui ont souffert des vexations et injustices exercées par le nommé Ignace SCHILLINGER ex-maire de la dite commune pendant le temps de sa gestion.

 

J’ai à me plaindre grièvement de li, en ce que à l’époque de la démission du dit maire, je voulu le citer rn justice pour causes essentielles ce entre nous particuliers et qu’a cette occasion il me condamna à la prison, disant que je n’avais aucune autorité de le traduire en justice et je me suis provisoirement conformé à son arrêt en attendant votre décision.

 

En conséquence, Mons. Le Préfet, j’ai l’honneur de vous supplier, de bien vouloir me donner l’autorisation de citer cet homme en justice, afin de lui faire rendre raison de ce qu’il a fait à mon égard, désirant fortement connaitre les raisons qui ont pu le porter à me faire emprisonner.

Votre humble et très obéissant serviteur.

 

Signature : HOFFMEYER

 

Réponse du Préfet à Mons. HOFFMEYER, datée du 1er mai 1813

 

J’ai reçu, votre lettre par laquelle vous me demander l’autorisation de citer en justice Ignace SCHILLINGER, en raison des vexations qu’il vous à fait pendant qu’il remplissait les fonctions de maire de votre commune.

 Vous dite qu’il vous a fait mettre en salle de police municipale, je dois à cet égard vous faire observer que cet ancien Maire vous avait signalé à mon prédécesseur, comme vous étant permis de l’injurier dans l’exercice de ses fonctions au moment où il était occupé à délibérer avec le C. M. sur des objets qui intéressaient la commune.

 

La mesure de police qu’il avait prise contre vous, dans l’occurrence n’était pas répréhensible. Un fonctionnaire public doit toujours se faire respecter dans ses fonctions. Si vous aviez à vous plaindre de cette mesure comme vous paressant le résultat d’une arrestation arbitraire, vous auriez dû en faire immédiatement l’objet d’une dénonciation dans les formes.

 

 Le silence que vous avez gardé à cet égard, jusqu’à présent prouve que votre demande n’est pas fondée. Je ne puis l’accueillir, mais rien ne vous empêche, Monsieur, d’intenter une action judiciaire à SCHILLINGER en raison des différents qui existent entre vous et lui pour affaire particulière. 

 

( Bartolomé HOFFMEYER, cabaretier à Blodelsheim, le 14-3-1799 il est enregistré comme boulanger et aubergiste à la << Cigogne >> de Blodelsheim, comme époux de Thérèse SITTERLE.

 

 

Emile DECKER – Blodelsheim / remis à jour 2014-03-26

Fichier: TROUBLES

 

 

 

En 1816

 

 

Source : ADHR de Colmar – Série 4 M 77 /

 

L'aubergiste Fischer mis en cause !

 

Du 19ème siècle, des faits divers qui nous sont parvenus à partir de documents font la description de la vie locale qui n'était pas si paisible que cela. Des troubles d'origines diverses perturbèrent de temps à autre, la sérénité du climat local.

 

Dans une lettre du 5 mars 1816, le Maire et le conseil municipal s'adresse au Préfet du Haut Rhin, pour essayer de remédier au désordre causé suite à la réputation et la mauvaise fréquentation d'auberges situées dans la commune.

 

 

Monsieur le Préfet.

 

Le nommé Henry FISCHER, aubergiste dans cette commune habite une maison qui est tout à fait hors de notre village, il a plusieurs filles qui jouissent d'une mauvaise réputation et qui attirent les jeunes gens jusque tard dans la nuit. Cet établissement est occupé de buveurs, on y mène une vie scandaleuse, qu'il me tiendrait beaucoup à coeur de pouvoir faire cesser.

 

En conséquence, j'ai l'honneur de vous prier de m'autoriser à lui faire défense de tenir plus longtemps son auberge. 

 

 

Réponse du Préfet du 19-3-1816

 

La réponse du Préfet ne tarda pas et en ces termes: la demande de votre lettre ayant pour objet la fermeture d'une auberge dans votre commune n'est point autorisée par les lois existantes. Celle du 19 et 22 juillet 1791 qui contient des dispositions générales d’ordre publics prévoit toutes les contraventions et détermine en même temps l’étendue des fonctions de l’autorité locale sous le rapport de la surveillance des lieux publics et de la dénonciation des débits.

 

Pour faire cesser les désordres que vous m'avez signalés et auxquels on ce livre dans la dite auberge de Mons. Henri FISCHER, cabaretier de votre commune, il est de votre devoir, Mons le Maire, de dresser des P.V. et toutes contraventions à la loi ci-dessus cité,  en vous conforment pour ces objets aux dispositions de cette même loi. Les pièces de convictions seront remises par vos soins au Juge de paix du canton qui est chargé de prononcer les peines encourus.

 

Je vous invite donc à exercer à l'égard de cet aubergiste une exacte surveillance et à me rendre compte aussitôt de tous les délits que vous auriez constatés et dénoncés au Juge de Paix.

 

 

Emile DECKER – Blodelsheim / remis à jour 2014-03-26

Fichier: Troubles

 

 

 

 

 

1819

 

 

Rixes et désordres au cabaret Lechleiter

Débits de boissons et cabarets – ADHR de Colmar / Classé en Série 4 M 77

 

Ce jour du 19 novembre, à 8 heures du matin, Charles THIERRY et Jacques THOMAN, gardes de nuit se sont présentés devant le maire assisté de conseillers municipaux pour déclarer qu'hier soir ils ont fait plusieurs rondes dans les cabarets où on dansait suite à la fête de la St. Martin.

 

A 22 h 30, malgré leurs avertissements, on avait encore donné à boire et fait danser chez les cabaretiers Blaise LECHLEITER et Guillaume STADLER. Il est à observer qu'à une heure du matin de ce jour, le sous-lieutenant PILLEMENT des douanes de ce poste et trois employés douaniers venaient réveillés le maire en lui montrant leurs têtes toutes ensanglantées, déclarant qu'ils avaient reçu ces blessures chez Blaise LECHLEITER, cabaretier, et qu'elles avaient été faite par plusieurs particuliers qui étaient entré et les avaient assaillis avec des pierres dans leurs mouchoirs de poche sans qu'ils avaient reçu de la part de ces premiers aucun sujet de mécontentement.

 

A l'heure ci-dessus indiquée, le maire et ses conseillers municipaux ont fait paraître devant eux le sieur LECHLEITER, cabaretier, lequel a déclaré qu'aussitôt le départ des gardes de nuit, il avait fait cessé la danse et n'avait plus donné à boire à aucun particulier de la commune, que les dits douaniers étaient chez lui dans la plus grande tranquillité avec le lieutenant du poste de Nambsheim. (le cabaret en question étant voisin de leur caserne. 

 

Lorsque les nommés Jean STAHL, Antoine STAHL, François domestique chez Joseph THUET ainsi que Jacques MÜLLER garçon menuisier de Martin ACKERER entraient comme furieux avec des cailloux dans leurs mouchoirs de poche à 11 h et demi du soir prétendant qu'ils voulaient avoir du vin, ce qui leur fut refusé, et sur ce assaillir les employés douaniers, d'autre part sans avoir eut avec eux la moindre dispute.

 

En foi de quoi il a été dressé le présent procès verbal pour Messieurs le Préfet, le procureur du roi et Mons. BINDER brigadier de la gendarmerie d'Ottmarsheim.

 

Signatures : LECHLEITER – Charles THIERRY, Jacob THOMANN

 

Maire: FIMBEL

 

 

Emile DECKER – Blodelsheim / 2014

 

1858

 

 

La municipalité a de fâcheux ennuis... le comportement du maire mis en cause !

 

 

Ce texte qui suit est la copie de deux lettres classées aux ADHR de Colmar en Série 2 M /55 qui nous font découvrir une situation rocambolesque à Blodelsheim dû à une drôle de situation au sein de la municipalité. Ceci se passait au cours du 19ème siècle.

 

Lettres à Monsieur le Préfet.

 

Les soussignés adjoints et habitants de la commune de Blodelsheim ont l’honneur de vous exposer très respectueusement :

Que contrairement au bon ordre et aux bons exemples qu’un Maire doit donner dans sa commune, le nôtre ne fait que semer le scandale par son excès de boisson. Depuis longtemps il se donne à l’ivrognerie et il est connu comme tel.

 

Le fait qui se passa dimanche soir 2 mai nous force, Monsieur le Préfet, de vous donné avis, l’adjoint étant à faire sa ronde accompagné de sa garde vers onze heures moins le quart du soir à l’évocation, il rencontre le Maire qui sortait du cabaret complètement enivré, il cria : où est l’adjoint ? Ah : tu n’es pas un adjoint, je te révoquerai et lui disait des insultes et le provoquant dans son ivresse, l’adjoint sans rien dire se retira et le Maire resta encore tout seul pendant près d’une demi-heure se tenant contre un mur et poussant des jurements abominables.

 

D’autres cas que nous allons vous donner avis vous remarquerez que ce n’est pas la première fois que ces faits se réalisent, il y a quelque temps que sortant de l’auberge complètement en état d’ivresse il rentra chez lui, commença à jurer contre son beau-père vieillard honorable et le prit au collet il allait l’étrangler et le menaçant d’un coup de feu, si sa fille n’eut cherché un de ses parents homme solide qu’on cherche souvent pour mettre à l’ordre, mais cette fois il était impossible de le mettre à la raison, sa fille était obligée de prendre la fuite et de passer la nuit chez leur voisin. Après il prit des pierres et les jeta dans ses carreaux en disant des propos injurieux que le voisinage sortant de leurs lits pour voir le spectacle.

 

Un autre jour il entra en état d’ivresse à l’église insulta les jeunes gens qui pour le bon accueil qu’il leur fit furent obligés de le mener par-dessus bras de peur qu’il ne tombe au bas de l’escalier.

 

Un autre fait qui arriva tout récemment, il était à boire dans une auberge de telle sorte qu’il tomba ivre mort, on fut obligé de lui ouvrir la bouche avec un couteau et après lui avoir fait avaler quelque breuvage un homme le prit sur le dos et le transporta chez lui.

 

Il y a quelques jours que la commission de la maison de bienfaisance étant réunie le Maire comparu ivre comme président de la réunion.

Les exposants osent prendre la liberté de vous priez infiniment, Monsieur le Préfet, de vouloir bien nous procurer un changement d’administration de ce magistrat, ce que souhaite l’unanimité pour empêcher le retour de faits aussi déplorables qui ne manqueront pas à se renouveler et de reproduire de nouveaux scandales.

Ils ont l’honneur d’être avec un profond respect, Monsieur le Préfet, vos très humbles et très obéissants serviteurs.

 

Suivent une multitude de signatures de nombreux habitants. 

 

Seconde lettre adressée au Préfet

Le zèle que vous mettez à faire régner la bonne harmonie dans les communes et à défendre les intérêts de tous vos administrés, ainsi que la responsabilité qui pourrait peser sur eux, font un devoir aux soussignés membres du conseil municipal de Blodelsheim 

de vous supplier de vouloir enfin faire cesser les désordres et les scandales qui désolent notre commune jadis si tranquille.

Par les plaintes qui vous sont parvenues, vous savez que la principale source de ces désordres vient toujours du << Maire >> qui devrait être réprimandé par la police.

 

Pour faire plaisir aux fauteurs du désordre, il met de coté les avis et décisions du conseil, accorde ce qu’on était convenue de refuser et est à la honte de la commune nous déshonorer nous pourrons continuer à fonctionner avec un tel Maire ? Ne serait-ce pas nous dégrader et faire croire que nous approuvons tous ces scandales si nous ne donnions pas notre démission ?

 

Mais la confiance que nous inspire votre bonne administration nous fait espérer que vous voudrez bien faire cesser les maux qui affligent tous les honnêtes gens de la commune et nous donner un << Maire >> capable de rétablir l’ordre, la paix et l’union qui disparaissent si sensiblement chez nous. Le maire de la commune, le premier à s’enivrer et à donner le mauvais exemple.

   

Un nouveau malheur qui vient de jeter la consternation dans la commune vous confirme ce que nous avons la triste obligation de vous certifier.

La semaine dernière a eu lieu la fête du village. Le conseil avait décidé avec le Maire qu’on permettrait à cette occasion la danse, dimanche, lundi et mardi jusqu’à 19 heures du soir et que les auberges seraient fermées à 22 heures. Ce eut été suffisant.

 

   Que fit le maire… ! Il laissa danser chaque soir jusqu’à 22 heures et les auberges restèrent ouverte toute la nuit, puisqu’il était toujours un des derniers, et non seulement dimanche, lundi et mardi, mais encore le mercredi toute la journée et jusque bien avant dans la nuit, jusqu’à ce qu’enfin le terrible malheur dont nous avons parlé vienne mettre le holà… !

 

   Les cris déchirants, un homme est tué, il a reçu un coup de feu, il est resté sur place, furent seul capable de faire cesser ces scandaleuses désordres.

   Votre cœur, Monsieur le Préfet, se soulèvera sans doute, si nous vous disons, quand on voulait faire la déclaration de ce meurtre, où fallait-il chercher le Maire… ? Où le trouva t-on après minuit, encore au milieu des buveurs faisant chorus avec les soulards !!!

 

Nous vous demandons, Monsieur le Préfet, est-ce qu’en conscience et sans nous déshonorer, nous pourrons continuer à fonctionner avec un tel Maire

serait-ce pas nous dégrader et faire croire que nous approuvons tous ces scandales si nous ne donnions pas notre démission… !

  Mais la confiance que nous inspire votre bonne administration nous fait espérer que vous voudrez bien faire cesser les maux qui affligent tous les honnêtes gens de la commune et nous donner un Maire capable de rétablir l’ordre, la paix et l’union qui disparaissent si sensiblement chez nous.

 

   La seconde du courant, il avait fait convoquer le conseil municipal à une réunion à la salle de la mairie à sept heures et demi du soir, le conseil se trouva une demi-heure devant la porte de la salle, personne ne peut rentrer puisque la porte étant fermée, les membres attendant avec impatience, alors il renvoyât l’adjoint sans clef pour qu’on puisse ouvrir la porte, et disant que le Maire le renvoya, qu’il ne pouvait pas assister, il était à boire avec les gendarmes, alors le conseil était obligé à se retirer, et ça n’est pas bien triste, Monsieur le Préfet, d’être traiter de manière … !

 

   Dans cet espoir nous avons l’honneur d’être avec le plus profond respect, Monsieur le Préfet, vos très humbles et très obéissants serviteurs. 

1858

   

Lettre de la commune de Blodelsheim à Monsieur le Préfet du Haut-Rhin datée du 8-7-1858

 

Plainte de l’adjoint et des gardes de nuit contre le Maire

 

ADHR de Colmar – Série 2 M / 55

 

Monsieur le Préfet.

 

Je soussigné, Joseph THUET, adjoint de la commune de Blodelsheim, canton d’Ensisheim, officier de police charger de veiller à l’observation des règlements concernant les cabarets, ai l’honneur de vous informer qu’en faisant ma ronde dimanche dernier, quatre juillet courant, vers les onze heures du soir accompagné des deux gardes de nuit, GasparFRICKER et Joseph ONIMUS, et étant arrivé dans l’auberge du Sieur Laurent PETER, j’y ai trouvé dans un état d’ivresse complète la Sieur Sébastien REITINGER, Maire de la commune de Blodelsheim, dut sortir de cette maison, il me suivit en criant : Il ferait maintenant la ronde et en m’accablant d’injures et de grossièretés. Je le priai de se retirer et de ne pas faire de bruit dans la rue à une heure si avancée de la nuit, mais il répondit que par de nouvelles injures à toutes mes observations.

Il se permit même de me dire : je vous ferai passer au bagne si je le pouvais, vous m’avez dénoncé, mais c’est vous qui serez enfoncé et autres propos semblables. Enfin s’adressant aux deux gardes, il dit : et si vous, si vous ne suivez pas mes ordres, je vous destituerai de votre emploi tous les deux et demain déjà vous ne serez plus garde de nuit si je veux.

Il est bien pénible pour moi, Monsieur le Préfet, d’être traité de la sorte dans l’exercice de mes fonctions et par celui qui devrait maintenir l’ordre dans la commune, et donner à ses administrés l’exemple de la soumission aux lois et aux règlements.

Vous n’ignorez pas, Monsieur le Préfet, que pareil scandale à déjà eu lieu le dimanche 2 mai dernier, et si dans votre justice vous ne venez pas au secours de la commune de Blodelsheim par le choix d’un maire plus digne de votre confiance, nous aurons encore bien des désordres à déplorer.

Le conseil municipal dont une députation à l’honneur de vous présentez cette plainte et vous le confirme.

Daignez agréer, Monsieur le Préfet, l’expression des sentiments du plus profond respect.

 

Vos très humble et très obéissants serviteurs :

 

Les gardes de nuit : FRICKER et ONIMUS et l'Adjoint THUET.

 

 

15-10-1858

 

Source : Série 2 M / 55 aux ADHR de Colmar

 

 

Monsieur DIETERICH

 

D’après le bruit qu’a fait courir l’instituteur à Blodelsheim, qu’il a proposé à Mons. le Préfet, le Sieur SITTERLE Georges comme devant remplacer REITHINGER, maire démissionnaire.

Je viens dans l’intérêt de la commune vous riez de faire en sorte que le Sieur SITTERLE ne soit pas nommé maire, car ce n’est pas l’homme qu’il faut à Blodelsheim, ni comme maire encore moins comme adjoint. Il nous faut deux hommes d’énergie et de caractère qui ne se laissent pas influencer, ni diriger par un mauvais instituteur comme l’a fait le maire actuel.

Je vous assure, Monsieur DIETERICH, ce SITTERLE n’a ni caractère, ni énergie, c’est un paysan qui vendrait le bon Dieu pour un Grùndscholla (pour une motte de terre). Il n’a jamais été élu membre du conseil municipal et n’en à jamais fait partie parce qu’il est honnis de toute la population de Blodelsheim pour son avarice.

Les hommes de bien, seuls capables de bien diriger notre commune et ce serait le vœu de toute notre population ( d’après ce que j’ai déjà entendu de toute part ), se sont FIMBEL Joseph pour maire et SCHWARTZ Jacques pour adjoint.

Si SCHWARTZ était natif de Blodelsheim ce serait le plus capable pour maire, mais aujourd’hui cela n’irait pas. SCHWARTZ a deux frères dans le Bas Rhin, l’un est maire à Marckolsheim et l’autre dans un village voisin, les deux sont de bons maires. 

N’allez pas croire, que c’est dans un intérêt particulier que je désirerai avoir ces deux Messieurs pour diriger notre commune, oh loin de là, car à moi l’un comme l’autre, je fais mon service et fini par là.

Ainsi donc, Monsieur DIETERICH, tachez de nous débarrasser le plutôt possible des deux monstres qui ont donné leur démission, et tachez de nous les faire remplacer par deux bons fonctionnaires. 

 

Veuillez agréer Monsieur l’assurance de mon dévouement

 

BREIMANN – percepteur

 

 

10-10-1858

 

Source : Série 2 M / 55 aux ADHR de Colmar

 

Monsieur le Préfet

 

J’ai l’honneur de vous exposer très respectueusement que j’ai omis de vous entretenir vendredi dernier du grand mobile des dénonciations faites contre moi, c’est que l’administration précédente de cette localité, il y a une quinzaine d’années déjà, a falsifiée le chiffre de la population de cette commune, elle l’a portée à passé 1600 âmes, tandis qu’elle n’a jamais atteint 1400, et qu’aujourd’hui même elle n’est pas de 1300 âmes, au fin d’obtenir un vicaire. 

La commune l’a obtenu et en a la charge depuis. Eh bien les trois quarts du temps notre curé est en voyage, et des semaines entières la paroisse n’est desservie que par le vicaire. L’opinion que j’avais émise de décharger la commune du vicaire qui lui coûte tous les ans entre trois et quatre cent francs, est le motif des plaintes faites contre ma personne et non sur mon administration. Mon conseil municipal a porté malgré moi, 760 francs de dépenses facultatives dans nos budgets pour subventionner au curé et a son vicaire. Tandis qu’elle n’accorde que 400 francs à l’instituteur adjoint et 800 francs à l’instituteur supérieur, qui est chargé pourtant d’une nombreuse famille.

D’un autre côté, il n’y a que trois ans, mon prédécesseur qui à prêté la main au curé pour me tirer en bas avait subi une enquête, faite par Mons. GUTHMANN, agent à Niederhergheim, sur 80 mémoires que la caisse municipale avait payées pour divers objets, notamment pour la démolition et le replacement d’une remise dans la cour du presbytère et des acquisitions faite pour l’église à l’insu du conseil municipal.

Si vous voulez bien, Monsieur le Préfet, vous faire représentez le dossier de cette enquête, il vous mettra au courant de l’avenir réservé à notre commune ; si ma démission étant acceptée, d’autres candidats que ceux que j’ai pris la liberté de vous proposer, pour successeur de maire et d’adjoint devaient être mis à la tête de l’administration de cette localité.

Je me résume, si j’avais consulté Monsieur le curé et suivi ses projets d’ornements et l’église et presbytère, il est certain que je serais encore le seul homme possible pour maire de cette commune. 

J’ai l’honneur d’être avec le plus profond respect, Monsieur le Préfet, votre très humble et obéissant serviteur.

 

 

Le Maire : REITHINGER

Octobre 2022.