La chapelle de l'Allmenfeld

Cette chapelle apparait sur un plan d'arpentage de 1754, pourrait-elle être d'une datation antérieure ?

Cette chapelle est un oratoire privé entretenu par une famille, de génération en génération depuis 1840 ~ aidée par des bienfaiteurs au fil des décennies.

Lithographie de Marie-Louis Haas, 1986.

Plan d'arpentage aux ADHR qui attestent cette chapelle en 1754.

Sur ce détail, la chapelle est parfaitement visible.

Le même plan que Émile Decker a légendé.

Ci-haut la chapelle vers 1990 et ci-contre la chapelle rénovée par des sympathisants bénévoles en 2019.

L’histoire de la chapelle sur le ban communal de l’Allmenfeld *

 

 

 

  • Allmenfeld : désigne des terrains d’une jouissance commune.

 

 

Cette chapelle fort ancienne est située sur le ban communal entre Blodelsheim et Rumersheim-le-Haut dans le canton, ainsi nommé, de l’Allmenfeld en alsacien Àllmafald, on en trouve une première trace sur un Procès-Verbal d’arpentage daté de 1754 elle est donc attestée du milieu du XVIIIe siècle.

Cette chapelle pourrait-elle encore être plus ancienne et à dater du XVIIe d’après la guerre de Trente Ans (1618-1648) par exemple ? Ou des environs de l’an 1700 ? Peut-être, mais jusqu’à preuve du contraire, rien ne permet de l’affirmer. Aucun plan, aucun procès-verbal, aucun document d’archive communal ou paroissial n’évoque une datation antérieure à 1754.

 

Au milieu du XVIIIe siècle ce secteur du ban communal appelé Allmenfeld et Rittewald (en alsacien : Àllmafald et Rittiwàld) fut qualifié de zone de pâturage. Ces terres furent partiellement boisées et marécageuses du fait des crues occasionnelles du Rhin, qui, à cette époque ne fut pas encore endigué, il ne le fut qu’entre 1842 et 1876. 

Ce secteur qui dut servir de lieu de pâturage pour les animaux de la population rurale de Blodelsheim. A cette époque cette zone fut communale.

 

Voici comment, le 7 mai 1754, l’arpenteur-géomètre décrit le canton du Rittewàld et Allmenfeld : « Ce canton est peuplé de chênes qui produisent des glands, mais aussi de bois de mauvaise qualité contenant 54 arpents 1 et 92 perches 2. Le pâturage est fait de bois et quelques chênes propres pour le glandé contenant 18 arpents et 64 perches. En marais il y a 5 arpents et 50 perches ».

 

Tout au plus, pourrait-on dire, une carte de Cassini datée de 1757, confirme la dite chapelle, comme elle matérialise, pour l’histoire locale, le hameau de Hammerstatt et sa chapelle sous le patronage de Saint-Éloi. Hameau qui disparaît lors des années de la Révolution française, non de faits de guerre et dévastation, mais des suites d’un incendie le 12 novembre 1796 par une soldatesque imprudente qui y avait ses quartiers. Les habitants trouvèrent pour la plupart refuges à Rumersheim-le-Haut. Jusqu’au milieu du XIXe siècle les matériaux des ruines servirent aux villageois de Rumersheim-le-Haut et Blodelsheim.

 

 

Origine de cette chapelle 

 

Les sources historiques sont muettes quant à l’origine de la chapelle. On ne peut donc que proposer une approche suggestive.

 

Fut-elle à l’origine, une chapelle communale ?

 

Une chapelle paroissiale ?

 

Une chapelle ou un oratoire privé ?

 

Recherches dans les archives municipales et archives paroissiales 

 

Aucun document municipal en mairie, aucun document paroissial aux presbytères de Blodelsheim ou Fessenheim ne mentionnent la chapelle de Blodelsheim, sachant que Emile Decker, référence dans les recherches sur l’histoire locale a « épluché » tous les documents possibles et imaginables dans ses décennies de recherches.

 

Recherches aux A.D.H.R. 

 

Emile Decker a aussi été, maintes fois aux Archives Départementales du Haut-Rhin à Colmar où il a donc trouvé ce seul procès-verbal cadastral de 1754 mentionnant la chapelle. L’auteur de ce mémoire a aussi vu Monsieur Jean-Luc Eichenlaub, Directeur des A.D.H.R. le questionnant plus précisément quand à cette chapelle de Blodelsheim. Rien n’a pu être trouvé dans des ouvrages de référence, tels le Topographische Wörterbuch des Ober-Elsasses de Stoffel ou le Handbuch der Elsässischen Kirchen im Mittelalter de Barth. Les origines du village ou de la paroisse sont maintes fois citées, mais pas un mot sur la chapelle proprement dite. Monsieur Eichenlaub a aussi proposé trois cartes, une carte de Sequani, où est dessiné la Haute-Alsace, le Sundgau et Brisgau datée de 1660 et une autre de Alsatia Syntgoia et Brisgoia datée de 1644 et la plus ancienne carte archivée aux A.D.H.R. datée de 1538. Sur aucune de ces cartes apparait la dite chapelle.

 

Recherches aux archives de l’archevêché de Strasbourg 

 

Contact a été pris aussi avec les archives de notre archevêché de Strasbourg, l’affable archiviste Monsieur Jean-Louis Engel qui n’a rien trouvé dans les dites archives sur la chapelle de Blodelsheim, voici d’ailleurs son point de vue résumé ici : « Pour votre chapelle de Blodelsheim, je suis désolé mais je n’en trouve aucune trace dans nos archives ici. Dans les rapports canoniques ou autres compte-rendu on ne mentionne que les chapelles publiques, c’est-à-dire qui dépendent de la paroisse comme lieu de célébration liturgique et sont reconnues par l’Etat. Or dans votre cas il semble s’agir d’un oratoire privé, sans doute construit par une famille sur un terrain lui appartenant (à voir éventuellement par le cadastre).

Pour en trouver éventuellement une trace avant la Révolution, il faudrait voir du côté des Archives de l’ancien Evêché de Bâle à Porrentruy ».

 

Recherches aux archives de l’Ancien Evêché de Bâle à Porrentruy en Suisse 

 

Monsieur Engel suggère donc de s’adresser à cette adresse, autre source de recherche possible. La paroisse de Blodelsheim, comme nombre de paroisses haut-rhinoises d’ailleurs, dépendirent de cet évêché sous la dénomination : « Diocèse du Haut-Rhin » et le Citra Rhenum datant du XVe siècle déjà.

Parmi les nombreux documents paroissiaux ayant attraits à la paroisse de Blodelsheim déposés  aux archives de l’ancien Evêché de Bâle à Porrentruy en Suisse aucun document ne mentionne la chapelle de Blodelsheim avant la Révolution française.

 

Doit-on en déduire que cette chapelle ne fut jamais une chapelle paroissiale ?

 

Qui fut à l’origine de cette chapelle dédiée à la Vierge Marie ?

 

On ne sait qui construisit celle chapelle, ce fut peut-être une pieuse famille qui en fit probablement un oratoire dédié à la Vierge Marie.

Des humbles statues de la Vierge Marie attestent cette dévotion.

 

Chapelle sur parcelle privée vers 1790 ?

 

Nous savons que les cantons du Rittewald et Allmenfeld furent avant la Révolution française des terres communales.

 

Voici deux délibérations du conseil municipal traduites de l’allemand par Emile Decker qui attestent ces ventes proposées à la population de Blodelsheim.

 

La 1ère en date du 18 février 1791 :

« Le conseil municipal s’est réuni au sujet d’une note émise par le directoire du département du Haut-Rhin dans l’optique de transformer les forêts du canton du Niederwald et celle du canton du Feldecken en terres cultivables. La municipalité a reçu l’autorisation de déraciner ces forêts et par la suite de procéder au partage des terrains entre les habitants. Chaque participant devra payer son dut et aura droit à un lot par tirage au sort. Le texte précise qu’au bout de trente ans on devra replanter de la forêt ? ». Signé : Peter – greffier.

 

La seconde en date du 20 mars 1791 :

« Suite à un décret, la municipalité s’est réunie au sujet de la forêt du canton du Rittewald qui sera délimitée par un géomètre et partagée en lots pour la communauté locale. Chaque bourgeois aura droit à un lot complet, chaque manant aura droit seulement à la moitié d’un lot, deux veuves auront droit à un demi lot.

 

Accès à la chapelle

 

Il n’y eut jamais de chemin qui donna directement accès à la chapelle. Les anciens se souviennent qu’il y avait juste un sentier appelé Kappalawaglé par les villageois. Il permettait un accès direct à la chapelle entre broussailles, hautes herbes, pommes de terre et autre cultures !

 

 

Chapelle entretenue par des familles depuis plusieurs générations

 

Seule certitude, cette chapelle vieille de plus de 260 ans est entretenue depuis près de 200 ans par une famille selon un vœu familial et se perpétue depuis plusieurs générations.

 

Des familles Sitterlé-Renner au chevet de cette chapelle.

 

De quelles familles s’agit-il ? Emile Decker fit des recherches afin d’en savoir plus sur ces familles qui se sont dévouées pour cette chapelle. La première famille fut celle de Georges Sitterlé probablement autour des années 1830-1840.

Voici le nom de ces familles :

 

Sitterlé Georges (1801-1886) et épouse Barbara née Sitterlé (1803-1856).

 

Ce couple s’est marié en 1828 et eut six enfants, Catherine (1829-1834) décéda âgée de 4 ans, Thérèse (1832-?) se maria avec François-Joseph Heitz en 1864, François-Antoine (1835-1835) décéda âgé de 7 mois, Caroline (1837- ?) son parcours de vie n’est pas connu, Marie-Rose (1840-1855) décéda à 14 ans et Sébastien (1844-1890).

 

Georges Sitterlé laissa par écrit que « …cette chapelle soit entretenue selon ses vœux pour un enfant infirme ».

 

D’après les souvenirs de André et Annette Renner cette chapelle aurait été construite par une ancêtre Sitterlé soit Georges et Barbara Sitterlé ?

 

Pourtant cette chapelle fut déjà existante au mariage de ce couple en 1828. Il est donc plus probable que cette famille prit en charge cette chapelle existante à partir des années 1830-1840 proposées.

 

Après cette famille voici les familles qui lui ont succédées :

 

Sitterlé Sébastien (1844-1890) et épouse Catherine née Peter (1847-1925).

Ce couple s’est marié en 1870 et eut cinq enfants, dont Coralie, née en 1877. C’est Sébastien Sitterlé et sa famille qui maintiendront ce vœu familial.

 

Renner Joseph (1871-1940) et son épouse Coralie née Sitterlé (1877-1957).

Ce couple s’est marié en 1897 et eut 3 enfants, Ernestine (1898-1919) qui décéda de la grippe espagnole, Berthe-Jeanne (1900-1918), ces deux moururent donc très jeunes. Leur 3ème enfant fut Raymond (1905-1967).

 

Renner Raymond et son épouse Marguerite, née Werner (1908-2000).

Ce couple s’est marié en 1931 et eut un seul enfant : André, né en 1934.

 

Renner André, né en 1934 et son épouse Annette, née Stahl en 1935 et leur descendance ont pris le relais.

 

Ces générations se sont donc succédées au chevet de cette chapelle sans doute aidées occasionnellement par des familles parentes et autres personnes bien intentionnées.

 

Entre les deux guerres mondiales ex-votos et graffitis visibles dans la chapelle 

 

Les terres autour de la chapelle semblent être en friche.

D’après Émile Decker des ex-voto furent accrochés dans la chapelle.

Henri Decker se rappelle de graffitis sur les murs intérieurs « Denver Colorado », ces graffitis furent-ils de descendants venus des Etats-Unis de familles d’origine Blodelsheimoise voir la terre de leurs ancêtres ?

Durant la guerre 1939-45

 

D’après Emile Decker les humbles ex-voto en bois disparurent lors de la 2ème guerre mondiale.

 

Après la Libération en 1945

 

Pierre Judas, habitant Nambsheim, natif de Blodelsheim, se souvient du placement de l’ex-voto dédié à la Vierge-Marie par Ernest Sauter, Xavier Haas, Albert Fricker, Albert Hueber, Ernest Decker (père de Josepha) et le père Pius, né Winckler notamment pour être revenus de l’enfer de la guerre, mais aussi aux noms de leurs camarades « Malgré-Nous » qui ne sont pas revenus !

 

L’ex-voto est fixé sur le mur sud à l’intérieur de la chapelle.

 

Un appentis au-dessus de l’accès à la chapelle ?

 

Un appentis protégea jadis l’entrée de la chapelle, en mauvais état, il fut retiré par Ernest Sauter vers 1950 ?

 

Remembrement 1965-1968 : la chapelle fut alors partie d'une parcelle appartenant au conseil de fabrique de la paroisse de Blodelsheim.

 

La chapelle se trouve donc depuis ces années-là sur une parcelle appartenant au conseil de fabrique qui loue cette parcelle à des exploitants agricoles.

 

Restauration dans les années 1960

 

Une restauration des statues eut lieu vers 1958 (par Mme Marie-Louise Haas et Mme Jeanne Paul ?)

 

En 1967 une bordure bétonnée fut posée tout autour de la chapelle.

La famille Renner veille sur cette chapelle

Plantage d’arbres de part et d’autre du chemin d’accès après le second remembrement des années 1985-1988.

 

Offices religieux en la chapelle ?

 

De mémoire d’homme il semblerait qu’il n’y eut que peu d’offices célébrés en la chapelle ou sur l’espace alentour.

 

Annette Renner se souvient que dans sa jeunesse des Rogations eurent lieu à travers champs qui amenèrent les fidèles jusqu’à la dite chapelle… la jeunesse ayant les hautes herbes jusqu’au genoux !

 

Emile Decker, pensa lui, qu’il n’y eut jamais de parcours de Rogations jusqu’à la chapelle.

 

Patrick Lichtlé, se rappelle lui, de processions puis offices ou vêpres célébrées vers 1958 avec le curé Marcel Thomas en la chapelle.

 

Les décennies suivantes, cette chapelle resta un oratoire privé, la communauté paroissiale autour des curés successifs ne se déplaça plus jamais vers cette chapelle.

 

La chapelle subit aussi des actes de vandalisme !

 

Malheureusement, la chapelle fut aussi sujette à des dégradations, souvent ce furent des jeunes par inconscience ou oisiveté qui dégradèrent le lieu par manque de considération et de respect, ce fut dans les années 1990..

 

Malgré ces aléas, dans le dernier tiers du XXe siècle, la famille Renner aidée par des villageois s’évertua à garder cet humble oratoire en bon état.

Rénovation intérieure et extérieure en 2019

 

La famille André Renner remplaça la porte ancienne par une porte en PVC en 2019.

 

Deux humbles statues furent restaurées par une artiste-peintre locale.

 

Les abords furent repris et un élagage partiel des arbres fut fait.

Les murs extérieurs furent assainis, traités et repeints, les murs intérieurs repeints.

L'ex-voto fut raffraichit lui aussi.

L'autel portatif de la paroisse remplaça celui en place.

Une dizaine de personnes en une dizaine de demi-journée de travail effectuèrent ces restaurations en mars, avril 2019.

Office célébré le 28 juillet 2019

Un office fut célébré par le Curé-doyen Armand Martz le 28 juillet  2019 après la restauration de cette chapelle sous un temps pluvieux et maussade sous chapiteau entre les champs de maïs, ~ 150 personnes furent présentes à cette belle célébration.

Autre plan dont celui de Cassini de 1757 où la chapelle est représentée.

Documents issus des archives de Émile Decker.

Mis en forme par Patrick Decker, Blodelsheim, 2021.

Thème en attente de traitement...

Patrick Decker, Blodelsheim, avril 2021.