Le Rhin ancestral et sa forêt

Peut-on s’imaginer le Rhin d’autrefois ?

 

Ce fleuve immémorial est la frontière naturelle entre l’Alsace et le Pays de Bade.

 

Jadis il creusa son lit sur des centaines de mètres, voir plusieurs kilomètres de large, au gré des saisons, ses bras furent multiples, et ses bancs de sables se déplacèrent selon ses eaux parfois calmes, parfois violentes et abondantes entrainant tout sur son passage, comme la crue de septembre 1852 dont les eaux inondèrent Blodelsheim et fragilisèrent le clocher de l'église, à tel point qu'il dut être renforcé par des poutres à sa base dans un premier temps. Un nouveau clocher sera construit par la suite, il fallut 10 ans pour cela et affecta les faibles finances locale durant une décennie !

 

Voici quelques plans qui permettent de se faire une idée du cheminement du Rhin à Blodelsheim avant son enrochement au milieu du XIXe siècle.
Le Rhin étant une frontière il y eut des postes de surveillance, les gardes-frontière logèrent dans des redoutes. En voici un plan de 1778.
Plan de 1750 ~
Plan de 1766
Plan de 1785
Plan de 1838
Une forêt appelée le Rhiiwàld occupa une large partie du ban communal à l'est du village.

Un plan de 1862 qui date juste d'avant la rectification du Rhin par Tulla nous permet de ce faire une idée de son endroit et de sa superficie.

Plan de 1862
Le Rhin fut rectifié entre 1840 et 1880 ~ voici un plan qui présente ce travail colossal !
La surveillance des berges demeura longtemps, la maison "Lischer" reste un dernier témoin d'une époque révolue.
Les barques à fond plats, les Waïdleg furent remplacés par des bateaux à vapeur puis par des bateaux à moteurs de plus en plus puissants.

Pour ceux qui veulent en savoir plus...

Le Rhin et sa forêt furent de tout temps un enjeu pour les villageois des bords du Rhin... et souvent des sources de conflits !

1791 – Partage des terrains communaux

 

Copies du Registre des Procès Verbaux du Conseil municipal de Blodelsheim daté du 18 février 1791

Ces textes et délibérations enregistrés débutent et sont datés du début de la Révolution française.

(Texte traduit de l’allemand difficile à lire)

 

Ce jour du 10 avril 1790 s’est réuni le maire avec le C. M.  suite a un décret émis par le district de Colmar, en vu de faire le partage des communaux en friche de l’ancien fossé du lieu. La communauté ainsi réuni, l’on à procédé au tirage des lots, mais chacun devra payer son dut. Les divers recommandations à observées sont les suivantes :

  1. Chaque bourgeois devra planter sur son terrain par la suite 5 arbres d’essence différente de son convenu.

  2. Il est à respecter les chemins tracés par le géomètre et que tous auront le droit d’y circuler.

  3. Les terrains distribués sont délimités par des pieux numérotés.

  4. A partir du début de la dite forêt jusqu'au petit ruisseau Muhlenbach devra être construit une petite digue d’une hauteur de quatre pieds et tous devront participer à la construction.

  5. Le chemin qui longe la digue est à respecter pour l’usage de tous les particuliers.

  6. Il est signalé que seul auront le droit de circuler sur ce nouveau chemin que ceux qui ont acquis un lot.

 

Délibération du 18-2-1791- (procès verbal en allemand – traduction)

Le C. M. s’est réuni au sujet d’une note émis du directoire du département du Haut Rhin en vu de transformer les forêts du canton « Niederwald » et celle du canton du « Feldecken » en terrains cultivables. La municipalité a reçu l’autorisation pour déraciner ces forêts et par la suite partager les terrains entre les habitants. Chaque participant devra payer son dut et aura droit à un lot par tirage au sort.

Le texte précise qu’au bout de trois ans on devrait replanter de la forêt … ? curieux ?

Signé : PETER – greffier.

 

20 mars 1791 (procès verbal en allemand – traduction)

Suite à un décret la municipalité s’est réunie au sujet de la forêt du canton « Rittiwald » qui sera délimité par un géomètre et partagée en lot pour la communauté locale. Chaque bourgeois aura droit à un lot complet, chaque habitant aura droit seulement à la moitié d’un lot, deux veuves auront droit à seulement un demi lot.

 

La municipalité a invitée les habitants pour le tirage des lots, on a rappelé à tous que les lots de la  forêt sont à dessoucher  et au bout de trois ans, replanter en forêt … ? curieux ?

 

13 mai 1791 (Procès verbal en allemand – traduction)

 

Forêts des cantons « Niederwald et Feldecken »

 

Ce jour réunion du C. M. pour débattre après mûr réflexion sur les problèmes du « Niederwald et Feldecken », forêts à rodées et désouchées pour transformer les terrains en terrains de culture. Il est prévu, d’après les circulaires émis du district, qu’au bout de trois ans replanter de la forêt, ce qui n’est pas possible. Nous prévoyons que ces terrains devraient rester pendant 18 ans, pas partager, mais cultiver.

Concerne le « Niederwald » pour chaque lot il est demandé à l’acquéreur de planter 6 arbres fruitiers, ceux dont le lot est sur le bord du « Muhlbach » de planter sur le bord un saule tous les 8 pieds ceci au printemps prochain.

Au début du XXe siècle dans l'imaginaire de villageois la forêt rhénane fut encore pleine de mystères ! Il ne fut pas rare d'entendre les mamans dire à leurs enfants : "...surtout ne vous aventurez pas dans cette forêt il y rodent de mauvais esprits !".
Pour les jeunes le Rhin fut par contre une idée de sortie, comme pour ces Blodelsheimois en 1946.
Une petite vidéo sur le même thème est proposée sur une page dédiée.
Sources :
- fonds d'archive de Emile Decker (1927-2020) Blodelsheim
- plans reçus de Grißheim
- un plan de Raymond Schelcher, Hirtzfelden
- dessins ou photos internet
- toile de Marie-Louise Haas † artiste de Blodelsheim
Mise en forme : Patrick Decker, Blodelsheim, février 2021.