Les victimes militaires et civiles de la Deuxième Guerre mondiale

Des drames incommensurables vécu par des garçons qui ne demandèrent qu'à vivre.
Des familles brisées pour la vie qui ne sera jamais plus comme avant pour elles !

Dès l'armistice signée le 8 mai 1945, la communauté villageoise voulut se souvenir des garçons qui ne revinrent plus de ce conflit mondial, mais aussi des victimes civiles fauchées notamment lors de la libération de Blodelsheim les 7 et 8 février 1945.

Une fête officielle de la Libération eut lieu le 2 septembre 1945 dans la liesse générale écrivit Émile Decker.

Générale ? Sans doute que non, car nombre de familles furent marquées à jamais car leur enfant ne fut plus. Enfant ? Une famille perdit ses 3 fils dans cette guerre, se remettre de cela ? Impossible !

Toutes les familles n'eurent donc pas le cœur à faire la fête en 1945 et 1946.

Pour la fête de la LIbération, le 2 septembre 1945 on fit un monument éphémère avec l'inscription :

"HONNEUR A NOS VICTIMES DES DEUX GUERRES" avec un écriteau "PAX".

Ce monument fut placé sur le mur ouest de la grange du restaurant de Victor Thuet au sud de l'église, juste de l'autre côté de la rue du Rhin, aujourd'hui la rue du Canal d'Alsace.

Après la guerre on fit rapidement mémoire des victimes de la seconde guerre mondiale, pour l'église paroissiale on fit réaliser deux dalles en marbre, une pour les victimes civiles et l'autre pour les victimes militaires qu'on plaça de part et d'autre du monument aux morts initial dédié aux victimes de la première guerre mondiale.

Deux victimes militaires ne figurent pas sur la dalle en marbre dédiée.

Dreyer Charles et Ruh Marcel.

Le 7 mai 1961 un monument aux morts fut inauguré lors d'une émouvante Journée Souvenir sur la place du 14-Juillet.

Pour en savoir plus sur cette Journée Souvenir voir ce thème sur une page dédiée sur ce site.

Ce monument fut placé ainsi de 1961 à 2018, il jouxta une bâtisse construite dans les années 1950 qui servit aux habitants pour la collecte du lait. Des frigos en sous-sol servirent aux habitants à une époque où les frigidaires furent encore rares. Les décennies qui suivirent le bâtiment n'avait plus de raison d'être et ne servit plus que d'entrepôt à la municipalité.

En 2018, la place du 14-Juillet fut réaménagée, le bâtiment fut rasé et le monument aux morts replacé et rafraichi, les noms gravés furent repeint de belle manière.

Émile Decker, fit de nombreuses recherches pour savoir dans quelles circonstances et en quels lieux ces garçons Blodelsheimois trouvèrent la mort.
Recherches effectuées dans les années 1980. En ces années-là, il n'y avait pas encore d'ordinateurs, ni internet ni courriels. Il fit ses demandes auprès d'organismes officiels par courrier postal.

Voici ci-dessous ce qu'il nous a laissé pour la postérité.

Pour chaque garçon il a mis la date de naissance, la date du décès et l'endroit du décès... si elle fut connue.

Voici ces garçons, victimes militaires dans l'ordre de leur inscription au monument aux morts.

Thierry Martin, Thierry Paul et Thierry Robert furent trois frères, fils de Ernest Thierry et Marie née Sitterlé. (Ernest qu'on appela Herléschniider en alsacien). Paul est mort en Russie et Robert en Autriche, le 3ème fils : Martin voulant éviter l'incorporation de force, s'est réfugié à Balgau juste avant la libération de Blodelsheim, une rafale de mitrailleuse eut raison de lui, ce fut la seule victime civile de Balgau. Incroyable tragédie pour cette famille qui habita à côté du presbytère de Blodelsheim.

Pour ces Malgré-Nous consulter aussi les témoignages de Malgré-Nous ou familles sur la page dédiée à eux sur ce site.

A l'occasion du 8 février 2021, le 76ème anniversaire de la Libération de Blodelsheim fut évoqué sur le site Facebook de la commune de Blodelsheim.
Une personne commentait l'article en disant que son grand-père Malgré-Nous n'est pas revenu de la guerre. L'endroit de sa disparition fut la Haute-Silésie, sans plus de précision.
Il s'agit de René Werner qui fut Incorporé de force en 1944 père de famille de trois enfants.
Nous avons essayé d'en savoir plus à son sujet, les recherches déjà effectuées par Émile Decker purent être complétées.
Voici ci-dessous les éclaircissements...

En 1995 Émile Decker avait en effet pris contact avec la Croix Rouge polonaise, la tombe de René Werner ne fut pas trouvée, la traduction du courrier évoque qu'il pourrait avoir été inhumé dans une tombe commune de soldats allemands au cimetière de Lanach (Lany).

D'après les précisions de la Croix Rouge polonaise en 1995, organisme avec lequel Émile Decker avait pris contact, René Werner fut inhumé à Lany (en polonais) Lohnau (en allemand) peut-être repose-t-il dans ce monument funéraire en plein cœur de ce village...

Victimes civiles de Blodelsheim.

Ce qu'on sait d'eux d'après les témoignages de Émile Decker, René Brun et Henri Decker.
Pour ces personnes, des anciens de notre village se souviennent de ces tragédies où 10 personnes trouvèrent la mort dont quatre jeunes garçons, des personnes âgées et bien sûr le Colonel Charles Dewatre (pour celui-ci consulter aussi le thème dédié).

Les victimes civiles

 

 Témoignages sur leurs décès par Émile Decker, René Brun et Henri Decker.

 

Forster Charles : ce fut le fils de Charles et Joséphine, née Marter. Né le 26 novembre 1929. Il fut tué le 7 février 1945, âgé de 16 ans.

Cette famille habita dans l’impasse Hammerstatt et en février 1945 dans la maison de la famille Enderlin, rue du Rhin (rue du Canal d’Alsace actuelle).

Le 7 février, le jeune garçon se trouva dans la cour de la famille Brun Eugène (bis Helmis disait-on) rue du Rhin (la rue du Canal d’Alsace actuelle donc). La Libération se précisa mais les allemands en retraite envoyèrent, à partir de la rive droite du Rhin, des tirs de mortier sur le village. Les habitants s’en protégèrent en barricadant leur entrée où fenêtres de maison par des poutres ou planches. Ce 7 février Charles Forster fut dans la cour de la famille Brun, tout d’un coup, un tir de mortier atterri dans la cour, la tête du jeune garçon s’en fut litéralement tranchée, il est mort sur le coup !

 

Thierry Martin : ce fut le 3ème fils de Ernest et Maria (Ernestine), née Sitterlé. Né le 26 août 1926. Il fut tué à Balgau le 7 février 1945 à l’âge de 18 ans.

Ses deux frères furent déjà des victimes Malgré-Nous. Pour échapper à l’Incorporation de force il a cherché refuge à Balgau, sans doute chez des connaissances de la famille. Des tirs de libérateurs (américains ?) le touchèrent fatalement, alors qu’il était sorti de la cave d’une maison qui se situe dans la rue du 7 Février actuelle, 2ème maison au sud de la rue avant la voie ferrée (aujourd’hui la piste cyclable). Ce fut la seule victime civile de Balgau.

Sur le monument aux morts de Blodelsheim, le garçon figure parmi les victimes militaires.

 

Sauter Marcel : fils de Eugène et Jeanne, née Witz. Né le 30 décembre 1928. Il fut tué le 8 février 1945, âgé de 17 ans. La famille habita rue du Château d’Eau. Il se trouva dans la rue Principale (Général de Gaulle aujourd’hui) devant la maison de la famille de Werner Henri voyant les Libérateurs arriver, soudain un tir de mortier venu de l’autre côté du Rhin des allemands, faucha Sauter Marcel et Winckler Robert. Ils furent transportés dans la cave de la maison. Decker Henri se trouva a proximité et vit avec stupeur que ses camarades ne bougèrent plus dans la dite cave, car mortellement blessés !

 

Decker Xavier : né le 27 novembre 1865 et son épouse Albertine, née Renner, née le 8 octobre 1874. Ils habitèrent à l’ouest de la maison de l’hôpital, dans la rue du Calvaire.

Le 8 février 1945 un obus ou mortier allemand (?) atteignit leur maison.

Albertine fut tuée sur le coup. Elle avait 71 ans.

Xavier, transféré à l’hôpital de Mulhouse décéda de ses blessures le lendemain, 9 février à l’âge de 80 ans.

 

Heller Joseph : né le 8 octobre 1883.  Il fut l’époux de Joséphine Stoffel. Ce couple habita dans la rue du 8 Février (ainsi nommée aujourd’hui, à côté de la propriété Troller). La maison subit un bombardement ou tir de mortier allemand ? Il fut gravement blessé et décéda le 13 février 1945 à l’hôpital de Mulhouse.

 

Hugelin Jean-Baptiste : il fut l’époux de Joséphine Burglin. Né le 7 novembre 1883. Gravement blessé par un tir de mortier allemand ? A son domicile qui se trouva dans la rue Principale (Général de Gaulle aujourd’hui) au-devant de la maison Waltisperger. Il décède le 12 juin 1945 à l’hôpital de Carspach.

 

Lutz Charles : il fut l’époux de Alphonsine Gaba. Fut mineur de métier. Il fut tué par l’explosion d’une mine ou bombardement allemand à Sausheim (?) le 19 février 1945. (son domicile se situa dans l’impasse du Centre à Blodelsheim (maison Hugelin après la guerre)

Mon père a dans ses écrits une autre version qui dit qu’il aurait été renversé par un camion militaire près de Munchhouse ?

 

Witz Lucien : il fut le fils Xavier et Catherine, née Antony. Né le 13 avril 1938. Il fut tué par des munitions dangereuses qui gisaient partout, certaines avec des têtes explosives de type 12,7 voire plus… que des enfants manipulèrent pensant jouer avec des artifices ou pétards. L’accident eut lieu le dimanche soir 28 mai 1945 après l’office du Rosaire devant la cour Reithinger. Il y avait là, Brun Pierre et René et Sitterlé Bernard notamment. Le petit Witz Lucien âgé de 7 ans fut mortellement blessé au ventre en jetant une de ces munitions dans la rue Principale (Général de Gaulle aujourd’hui) juste devant la boulangerie Grenacker, il est décédé quelques heures plus tard.

 

Schillinger Joseph : il fut l’époux de Caroline Mundwiller. Né le 25 février 1871. Le souvenir qu'en a gardé la famille : "Joseph était curieux de savoir ce qui se passait et qu'il est allé dans sa cour pour voir de plus près. C'est là qu'il a été touché par le tir de mortier allemand". Sa maison se situa dans l’impasse Valentin (aujourd’hui la rue Valentin). Transporté à l'hôpital, il décèda le 14 février 1945 à l’âge de 62 ans à l’hôpital de Mulhouse.

 

Winckler Robert : fils de Albert et Thérèse Thuet. Né le 11 novembre 1928. Mortellement blessé en même temps que Sauter Marcel.

Cette famille habita dans la rue des Remparts.

Après la seconde guerre mondiale, aux commémorations, on se souvient des victimes militaires et civiles. Le 7 mai 1961 plus particulièrement encore, à l'occasion de l'inauguration du monuments aux morts. Les parents, conjoints et proches des victimes furent honorées...

Un grand merci à Ramuntcho Dewatre, petit-fils du Colonel Charles Dewatre pour l'envoi de la carte d'État-Major de 1945.
À Henri, Anna et Josiane Decker
René et Jonathan Brun
Yvette Huguet de Saasenheim, petite-fille de Maria Schillinger
pour leurs témoignages et aide.

Les documents et photos sont issus des archives de Émile Decker.

Patrick Decker, Blodelsheim, septembre 2021.