L'influence de l'Église dans la vie de nos ancêtres et aujourd'hui !

L'Église et ses directives.

Un petit exemple... dans une Alsace allemande, en 1895, l'évêque de Strasbourg Adolf Fritzen envoya une directive à tous les desservants pour leur signifier qu'il était inconvenant qu'un curé circule à vélo, vélos qui firent leur apparition à cette époque-là !

Incitation à la pratique religieuse en 1905

Nos ancêtres vécurent selon les préceptes de l'Église en tant qu'institution et à l'ombre de leur église.

 

Il est difficile aujourd'hui d'imaginer la place et l'influence de l'église dans la vie de nos ancêtres. Le clocher domine le village.

A tout moment, ses cloches rythmèrent la vie, les jours, les travaux des champs et des exploitations, comme les fêtes religieuses rythmèrent l'année. Sans oublier les temps de pèlerinages et pardons qui déplacent des foules importantes.

 

 

Chaque dimanche, les messes : la Friehmass (messe du matin) puis s'Hochàmt (la grande messe) vidèrent les rues et les champs. Les vêpres, le rosaire du soir, les messes quotidiennes les matins des jours de la semaine, les processions, les rogations, le catéchisme, les prières, le jeûne du Carême, sont autant de réalités que chacun respecte et pratique, sans oublier ces véritables campagnes qu'on été les missions au XIXe et première moitié du XXe siècle orchestrées par des religieux-prêcheurs venus tout exprès dans les paroisses, la paroisse Saint-Blaise de Blodelsheim en fut d'ailleurs un haut-lieu au milieu du XIXe siècle.

A propos prières, voici une anecdote de Émile Decker qui évoqua les fidèles en l'église paroissiale lors de la deuxième guerre mondiale qui généra craintes, drames et deuils sur le village.

L'église fut bondée et les prières soutenues des fidèles qui furent affublés de : "Vàter Ùnser Pfiffer" (les siffleurs de Notre Père) cela dura jusqu'à la Libération en février 1945. Sitôt le danger écarté, disait-il, l'église se vida de ses fidèles et les prières soutenues s’espacèrent !

A l'ombre de l'église : disputes et places payantes !

L'intérieur de l'église règle totalement la vie de nos ancêtres, le décor intérieur fut la chaire avec son abat-voix, le maître-autel, les autels latéraux, le confessionnal qui confère au curé un pouvoir illimité sur les cœurs et sur les âmes de ses paroissiens comme sur leurs affaires, l'orgue, la tribune, la sacristie renfermant comme son nom l'indique les objets sacrés.

Statufiés dans la pierre, le plâtre ou le bois, les saints sont là aussi, omniprésents dans la vie quotidienne d'antan, omnipotents aussi, tant ils accordent à qui les prie richesses et guérisons en tout genre.

S'assoir sur un banc ? Le geste semble simple aujourd'hui. Il l'était moins autrefois, à l'église comme au village, on retrouve la hiérarchie des sexes et des positions sociales, à Blodelsheim que vous soyez grand ou petit paysan essentiellement.

Le chœur de l'église fut interdit aux laïcs à de rares exceptions près. A Blodelsheim il fut aussi interdit voire à peine toléré aux religieuses enseignantes et garde-malades, le banc de communion fut une véritable délimitation !

D'ailleurs les disputes furent parfois vives entre le curé et les religieuses d'après certains témoignages. Elles furent admises dans la sacristie pour faire l'ajustement des vêtements et ornements liturgiques comme celles des aubes pour les servants de messe par exemple.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le transept et la nef sont partagés entre la partie réservée aux enfants, le côté des hommes à droite, celui des femmes à gauche.

Les bancs sont payants, louable pour un temps, à un prix variable selon la proximité du chœur.

A ce sujet Émile Decker évoqua un fait qui a dû le marquer en tant que jeune garçon. Ce dut être vers 1935-37. Il s'était assis sur un de ces bancs, quand tout d'un coup une personne vint l'apostropher : Üs dam Bànk, dü hesch do nit d's zuècha, dàs esch ùnsra Bànk ! (tu n'as rien à faire ici, c'est notre banc !).

Tout tourna autour de l'église... la politique locale aussi. A l'issue des offices du dimanche, sur le pas de la sortie du cimetière, par-dessus le mur sud, l'appariteur, un acteur de la vie communale, commenta les nouvelles communales face aux fidèles qui venaient de sortir de l'église, non sans que le verbe fut parfois haut, et les critiques véhémentes. Puis les hommes allèrent dans un des cabarets du village, soit chez : S'Victoris (chez Victor Thuet) juste à proximité, soit chez S'Laurenga (Chez Laurent) rue du Marché, soit bis s'Schollers (au restaurant de la Poste) ou au restaurant du Lion d'Or dans la rue Principale. Les femmes rentrèrent chez elles préparer la table du dimanche.

La tribune et la chorale : jusque dans les années 1950, les chorales furent uniquement composées d'hommes, les femmes interdites.

Ce n'est qu'à partir de 1953 que sous le curé Marcel Thomas les femmes furent enfin acceptées au sein de la chorale Sainte-Cécile de Blodelsheim.

En ce temps-là, les enfants encore nombreux lors des offices, furent surveillés par les sœurs enseignantes jusqu'en 1939 et les soeurs garde-malades jusqu'au début des années 1970 mais aussi un garde suisse, le dernier en date fut Marcel Hugelin.

Photo de 1923 où le curé Florent Kauss est pris en photo devant les nouvelles cloches de l'église. On voit ce banc de communion véritable ligne de délimitation. On entr'apperçoit aussi les petits bancs des enfants et les anciens bancs qui furent remplacées dans les années 1975.

Dans les années 1960 tout bascula !

 

Au milieu des années 1960, 94 % des catholiques de France étaient baptisés et 25 % allaient à la messe tous les dimanches ; de nos jours, la pratique dominicale tourne autour de 2 % et les baptisés avant l’âge de 7 ans ne sont plus que 30 %. Pour expliquer cet effondrement soudain, Guillaume Cuchet, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris-Est Créteil et auteur de Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Anatomie d’un effondrement (Le Seuil 2018), ne s’est pas contenté des explications sociologiques habituellement avancées. En se plongeant dans les statistiques rassemblées par le chanoine Boulard, auteur de la célèbre Carte religieuse de la France rurale, il a en effet mis en évidence que « les phénomènes religieux ont aussi des causes religieuses » et qu’en l’espèce - sans préjugé de sa nécessité - la réforme de Vatican II aurait joué un rôle déclencheur et d’accélérateur de la crise en raison de ses effets très déstabilisant sur le clergé et les fidèles. Mai 68 sera un facteur aggravant. Les mœurs s'étant libérées pourrait-on ajouter.

Dans les décennies qui suivirent ce sera une érosion progressive de la pratique religieuse. Tout s'enchaîna : moins de pratiquants, moins de prêtres, moins de messes, les processions cessèrent à Blodelsheim. Les dernières processions du lundi de Pentecôte (dévotion à St Anicet, saint martyr) et du 15 août eurent lieu en 1956. Celle de la Fête-Dieu et ses reposoirs perdura jusqu'en 1970.

En 2015, à Blodelsheim un fidèle paroissien avait dit peu avant son décès : "Én da Litt geht's Heta so guet às si d'Kerch nemm brücha"  (aujoud'hui les gens vivent tellement bien, qu'ils n'ont plus besoin d'aller à l'église).

En 2018, lors d'une homélie dans une église mariale d'Alsace, un prêtre disait en alsacien : Vor Zita wenn d'Lit én Kerch gànga sén, ùn han eïna em a Hof g'sah, han si g'saït : "Hesch g'sah da geht nét én d'Kerch"... Het esch àlles ùmkehrt, Het saït eïna wù si Auto wascht, oder a Jogging màcht àm Sùnntig d's Morga wenn's én d'Kerch littet... sàga oder danka diè vù eïm, wù én d'Kerch làuift : "Hesch g'sah da geht én d'Kerch".

(Dans le temps, sous le carillon des cloches, quand les gens allèrent à l'église et virent quelqu'un dans une cour et visiblement n'y allait pas, les paroissiens disèrent : "T'as vu, il ne va pas à la messe" ...aujourd'hui c'est l'inverse, quelqu'un lavant sa voiture ou faisant un jogging voyant quelqu'un aller à l'église dit ou pense : "T'as vu, il va à la messe !").

Le prêtre avait dit cela sous forme de boutade, mais tellement véridique. Les fidèles présents en ce lieu marial eurent un sourire mi figue-mi raisin !

Certes, on vient encore à l'église pour des temps forts, comme la Veillée de Noël, la fête patronale Saint-Blaise, dimanche de Pâques, mais surtout pour rendre un dernier hommage à une personne défunte.

L’assistance aux offices est encore en diminution, un sondage effectué en 2018 confirme la baisse de fréquentation des Alsaciens aux offices.
Nationalement, entre 1952 et 2010, les messalisants catholiques (allant au moins une fois par mois à la messe) sont passés de 27% à 4,5% de la population totale. Cette diminution s’est accentuée ces dernières années. D’après l’archevêché de Strasbourg, il ne subsisterait que 2% de messalisants catholiques nationalement. Le diocèse de Strasbourg n’échappant pas à ce mouvement, mais résiste un peu mieux. L’archevêque de Strasbourg a fait organiser un comptage des messalisants alsaciens en mars 2018, il annonce le chiffre de 55 000 soit 4,5% de la population alsacienne, chiffre qui semble bien trop optimiste pour un office ordinaire.

Cette « résistance » est toute relative. Devant la diminution du nombre des messalisants alsaciens et la pénurie de prêtres, les 767 paroisses du diocèse ont dû être regroupées en 166 communautés de paroisses, ce qui n'arrange sans doute pas les choses, car les rares pratiquants ne se déplacent pas tous dans l'église du village voisin.
 

Oui, les temps ont bien changés !

En antomne 2021 un rapport "Sauvé" du nom de la personne qui fut à la tête de la commission d'enquête, révélait les abus qu'il y eut dans l'Église en France entre 1950 et 2020. Un rapport accablant pour l'institution !

L'Église ébranlée devra retrouver la confiance de ses fidèles et ce ne sera pas facile !

Thème traité à l'aide de documents d'archives d'Émile Decker, enrichi par l'ouvrage : "Comment vécurent nos ancêtres", l'évolution de la pratique religieuse dans les années 1960 et en 2018 selon des sondages de référence. Quelques anecdotes et complété avec l'actualité récente sur l'Église catholique en France et dans l'archidiocèse de Strasbourg.

Novembre 2021