Les Malgré-Nous dans la 2ème guerre mondiale

une tragédie en Alsace-Moselle !

Les Malgré-Nous de Blodelsheim

Couverture de l'ouvrage "L'Alsacien" écrit en 1957 par Georges Starcky, un Malgré-Nous.

Ernest Sauter "Malgré-Nous" de Blodelsheim avait écrit : "...je fus incorporé de force dans l'armée nazie qui m'a forcé à combattre les armées russes sur leur immense territoire. Je fus fait prisonnier et considéré comme allemand à part entière. On m'envoya dans un camp de prisonniers situé dans l'Oural puis au camp de Tambow où j'ai laissé une partie de ma jeunesse...".

Purent ces jeunes Blodelsheimois imaginer en 1942 ce qui allait leur arriver ?

Les garçons furent mis au pas au camp de Schirmeck d'abord puis au R.A.D. soit le Reichsarbeitsdienst !

Ci-dessous des photos de garçons de différentes classes qui prirent le train en gare de Blodelsheim pour être enrôlés de force dans la Wehrmacht... et certains dans les Waffen SS !

Nous vous proposons ci-dessous plusieurs témoignages de Malgré-Nous recueilli par Émile Decker.
Ces témoignages sont publiés sur ce site avec l'autorisation des familles.
Témoignages fait à Émile Decker dans les années 1984-85 de :
- Ernest Sauter
- Paul Peter
- Xavier Peter
- Joseph Reithinger
- Ernest Winckler (père Pius en religion)
- Albert Hueber
- Robert Fimbel (à nouveau en 2021 alors âgé de 99 ans)

- Charles Dehlinger † 1944. Témoignage de sa maman Marie et sa famille

- Eugène Werner (la famille n'a pu être contactée. Son témoignage est accessible sur un autre site par ailleurs)

Voici celui de Ernest Sauter qui a paru dans l'ouvrage proposé par le Crédit Mutuel en 1996 : "Blodelsheim entre Rhin et forêt".

Ernest Sauter en 1942, peu de temps avant son incorporation de force puis sa préparation militaire en novembre 1942 en Autriche.

Le 16 juillet 1944 l'armée allemande défaite, fut contrainte de défiler dans les avenues de Moscou... parmi eux bon nombre d'Alsaciens-Mosellans dont Ernest Sauter, on leur crachat au visage, ce fut appelé : "La parade des vaincus".

En 2010, 66 ans après ces faits, il témoigna de cela, les larmes aux yeux !

Ernest Sauter a reconstitué une maquette d'une baraque en bois entourée de barbelés telle qu'il l'a connue à Tambow. Il la présenta à toutes les cérémonies et aux fêtes de la Moisson à Blodelsheim. Elle fut aussi présentée à l'exposition des 75 ans de la Libération à Fessenheim en février 2020.

Ce camp de Tambow a dû hanter toute la vie de Ernest Sauter et les garçons qui sont passés par ce sinistre endroit !

Un grand merci à Lucie Sauter, fille de Ernest Sauter pour avoir permis cette diffusion.

Après être revenus du sinistre camp de  Tambow, Ernest Sauter et ses camarades Blodelsheimois : Xavier Decker, Albert Fricker, Xavier Haas, Albert Hueber et Ernest Winckler (Père Pius) ont apposé cette dalle en marbre dans la chapelle de l'Allmenfeld à Blodelsheim après 1945. (En 2019 cette a été restaurée par Louis Ehry).

Par ailleurs à son retour, Xavier Hugelin, en pleurs, raconta ses épreuves vécues dans la guerre.

Pierre Judas de Nambsheim, natif de Blodelsheim, témoigna de cela le 22 mai 2020.

 

Témoignage de Paul Peter à Émile Decker en 1984.

Témoignage de Joseph Reithinger en 1985.

Joseph Reithinger, 5.jpg

Témoignage de Xavier Peter en 1985.

Témoignage de Eugène Werner en 1995.

Eugène Werner là dans un camp militaire.

Témoignage de Ernest Winckler (père Pius en religion)

En 1950 Ernest Winckler sera ordonné père capucin et prit le prénom : Pius.

Pour sa biographie complète consulter sur ce site le thème dédié aux religieux de Blodelsheim.

Témoignage de Albert Hueber

Mémorial de Tambow à Riedisheim...

Ci-dessous le texte sur la plaque explicative placée au-devant de ce mémorial
à Riedisheim.

Mémorial de TAMBOW à Riedisheim

 

Ce mémorial, d’une superficie de plus de 100 mètres carrés, dont l’assiette du terrain a été gracieusement concédée à perpétuité par la Ville de Riedisheim, a été érigé en souvenir des 17 000 morts alsaciens et mosellans, incorporés de force dans la Wehrmacht ou dans d’autres formations militaires allemandes, par l’occupant, durant l’annexion de nos provinces de l’Est au 3ème Reich, de 1940 à 1945, abandonnées par le gouvernement de Vichy, et au mépris de toute légalité.

Ces victimes furent des jeunes gens et hommes nés entre 1906 et 1928 mobilisés du 16 octobre 1942 au 12 janvier 1945, sous la menace de déportation de la famille en cas de désertion.

Passés à l’Armée Rouge dès 1943, comme « évadés » ou comme prisonniers de guerre de la Wehrmacht « malgré eux », ils furent trainés de camps en camps, convertis de fait immédiatement en « travailleurs de force sous-alimentés ».

Une grande partie d’entre eux fut rassemblée très tôt au sinistre camps de TAMBOW dit « camps des Français », à cause de l’importance de la Communauté française à certaines époques.

La tyrannie, la sous-alimentation, les punitions arbitraires, le régime excessif de travail, la dégradation du moral collectif, les épidémies, le climat rude, l’habillement insuffisant, la promiscuité, le manque d’hygiène, tous ces facteurs eurent rapidement de la population captive. On évalue à environ 50 à 60 %, les pertes en vies humaines au camps de TAMBOW qui, de 1944 à 1945, décompta le passage de 68 000 prisonniers de guerre de toute nationalités, parmi lesquels le « contingent français » fut le plus exploité.

Peu supportèrent ce régime de persécution psychique, de rations maigres et de travaux forcés auxquels ils n’étaient pas adaptés. Presque tous les survivants ont rapporté des séquelles incurables.

Six « Lazarets »et deux « Hospitals » rudimentaires, antichambres de la mort, livraient chaque nuit, au petit matin, leur cargaison de cadavres, jetés ensuite pêle-mêle dans les charniers creusés par leurs camarades en forêt, aux alentours du camp.

Ce mémorial veut être un lieu de recueillement et de réflexion en hommage aux morts qui ont péri inutilement, sacrifiant leur jeune vie sans reproche, sachant que leur dépouille ne sera jamais rapatriée.

La plupart ont été livrées à la terre inhospitalière de Russie, dans l’anonymat complet. Des milliers de familles perdirent ainsi toute trace de leur fils, de leur mari, de leur père qui son morts ni pour l’Allemagne,  ni pour la Russie, mais dans la fervente attente et l’espoir de regagner la France, leur patrie.

Les rescapés de ces camps, originaire d’Alsace et de Moselle, ont gardé pieusement le souvenir de ces heures sombres et de leurs camarades abandonnés, qu’ils considèrent comme des « Martyrs ».

Passants, vous aussi, ne les oubliez !

 

Nous osons ajouter : vous, qui lisez ces lignes, non plus !

Charles Dehlinger (1927-1945)

Témoignage de Marie Dehlinger, maman de Charles à Émile Decker en 1985. Charles, enfant de Blodelsheim qui n'est plus rentré de la guerre. Témoignage complété avec des documents de Daniel Maurer en 2021.

Ci-dessous les courriers que Charles envoya à ses parents Marie et Joseph et à ses soeurs et son frère.
Ils ont été traduit en français par la famille. On notera que Charles resta neutre dans ses correspondances, car la censure de la Wehrmacht veilla au grain !

Le 6 novembre 1944 Charles envoya une dernière lettre à ses parents. Puis ce fut le silence. Il ne retrouvera pas les siens à l'issue de la guerre. Ces parents, sœurs et frère espèrent longtemps son retour. Ce n'est que le 21 février 1947 que sa disparition fut actée officiellement, ci-dessous le courrier officiel qui fut adressé à la famille !

Le 9 novembre 1947 une messe de requiem fut célébrée en sa mémoire en l'église de Blodelsheim et une image mortuaire fut donnée aux habitants du village par sa famille.

Un grand merci à Daniel Maurer pour ses précisions et les différents documents transmis en complément du témoignage de sa grand-mère Marie à Émile Decker en 1984.

Charles a été tué au combat à Lyskornis en Pologne. Dans les décennies qui suivirent sa famille entama des recherches dans l’espoir de trouver des éléments sur les circonstances de sa mort ainsi que sa tombe. De contact en contact, ces recherches aboutirent. A Lyskornis un homme s’est souvenu d’avoir inhumé au cimetière du village trois soldats de la Wehrmacht, et d’avoir placé le plus jeune des trois au milieu de la tombe, le plus jeune ayant été Charles.

En 2002, Joséphine Maurer-Dehlinger et son mari Arnold, Robert Dehlinger et son épouse Jeanne se sont rendus en Pologne se recueillir sur la tombe de Charles, leur frère et beau-frère. A cette occasion ils ont pu rencontrer le Monsieur qui inhuma Charles et qui les a accompagnés au cimetière. On peut imaginer l’intense émotion et les larmes qui coulèrent lors de cette visite.

En lisant le témoignage sur Charles Dehlinger, les documents joints et en regardant ces photos on reste sans voix...

Témoignage de Robert Fimbel en 2021.
 
Robert Fimbel, né en 1922 fut aussi un Malgré-Nous, lui non plus ne fut pas épargné par la souffrance. En 2021, âgé de 99 ans, il témoigna de ses années de guerre le 20 mai 2021.
Il évoque successivement l'intimidation à Ensisheim, le séjour à Schirmeck, le R.A.D. , le camp d'entraînement, l'envoi au front, sa blessure de guerre puis convalescence, son retour au front et enfin sa libération qui n'interviendra qu'en octobre 1945 !
 

J'ai eu l'insigne honneur d'interviewer Robert au domicile de son fils Lucien et la sollicitude de Sabine sa belle-fille le 20 mai 2021.

Découvrez le témoignage audio de ce cher Robert... ses paroles furent saisissantes, à la fin de son témoignage il pleura... ce fut tellement émouvant !

Témoignage audio de Robert Fimbel, 99 ans, reccueilli le 4 2021 sur son temps de Malgré-N
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Voici son témoignage retranscrit, au plus près de son récit...

 

Convoqué en août ou septembre 1942 à Ensisheim

 

Il est question qu’on sera appelé. Quoi on sera appelé ? « Wàs ? Mér sen kè Schwowe mér sen Frànzosa » (Quoi ? On est pas des allemands on est français).  

Oui, on a alors dut aller à Ensisheim « mét da Vèlo » (avec les vélos) en face de l’église il y avait une grande maison (le bâtiment de la Régence  sans doute ?) on a dû monter au 1er étage, on a dû attendre là-bas, il y avait déjà les allemands qui nous attendaient : Ihr müsset warten hier (vous devez attendre ici) d’un coup ils sont venus, d’un pas décidé, avec leurs grandes bottes, boom, boom, ils montèrent l’escalier et dirent : « Wie sie wissen ist der Krieg deklariert worden und die Elsässer sind auch Deutsche » (comme vous le savez, la guerre a été déclarée et les Alsaciens sont aussi des Allemands). Quoi ? Nous sommes des français, nous ne sommes pas des allemands ! « Das werden wir sehen » (nous allons voir çà !). Il y avait la une commission avec 6 ou 7 militaires assis à une table. Il était question, qu’on sera appelé par notre nom. Vous devez passer devant nous, l’un après l’autre.

Nous nous étions dit en partant pour Ensisheim avec nos vélos : « On ne signera pas, on est pas des Schwowe, on est des français ». Donc un après l’autre on passa devant la commission ; Il parlèrent d’un ton sec, voulez-vous signer ? 3 ou 4 ont déjà signé. Vous, vous pouvez y aller. Nous on avait dit à Blodelsheim : « Nous on ne signe pas, ils ne peuvent pas nous forcer ! ».

Quand vint notre tour. On a dit : Non, on est des français on est pas des allemands, « Das werden wir sehen » (on verra çà), a dit l’un, quand ce fut terminé, il ferma son registre. Vous attendez là, il était 16h.

On regarda par la fenêtre, vinrent 3 camions, ce sont des camions pour Schirmeck. Ils dirent : « Descendez et vite » on était devant la grande porte devant l’église. Un allemand cria : « Seid ihr noch nicht da drin » (Vous n’êtes pas encore dans le camion ?).

 

Départ pour 15 jours à Schirmeck en septembre 1942 pour refus de signature lors de son appel dans l’armée allemande

 

Il y avait trois, quatre bancs dans chaque camion. Il y avait un tas de civils qui sont venus regarder. Les camions se mirent en route. Les jeunes se disant : « Cela va déjà se régler ils vont déjà nous relâcher ».  « Sàlù Lux » (tiens donc !) ils nous ont emmené à Schirmeck. Ils ont roulé, roulé, de temps en temps une halte faite pour ceux qui durent uriner. Ils roulèrent encore, tout à coup, quelqu’un a dit : « T’as vu, il y a des fils de fer barbelés et des miradors avec des gardes équipés de fusil-mitrailleur, afin qu’on ne puissent pas s’enfuir, ils nous crièrent dessus : « Seid ihr noch nicht draußen »(vous n’êtes pas encore dehors ?) une fois hors des camions, ils crièrent : « Antreten » (mettez-vous au garde-à-vous) si un était mal en point, il reçu un coup de pied avec des bottes. Ils nous ont emmené dans une baraque. « Ja do Buewa » (Et bein les gars !) et au fur et à mesure ils nous cherchèrent, l’un après l’autre. On entendait rien, pas un coup de feu. Ils se dirent : « Mais qu’est-ce qu’ils font avec ceux-là ? ». On était assis sur une planche, ils avaient des coiffeurs, on avait vite compris, avec leur tondeuse, ils commencèrent sur le devant du crâne, çà y est, on va être rasé. De devant vers derrière. Un de-ci, un de-là, ils ont fait les idiots avec nous. Quand tous furent rasés. « Antreten » (allez au garde-à-vous) avec leur manière de parler. Ils nous ont renvoyé dans le baraquement. « Seid ihr nocht nicht drin ? » (Vous n’êtes pas encore dedans !). Nous voilà enfermés dans la baraque, il y fit nuit sombre. On entendit des grincements. C’était des couchages à ressorts. Un qui fut déjà là, nous dit : « Qu’est-ce que vous avez fait ? » on répondit : « ceci et cela ! ». On était couché sur ces ressorts toute la nuit. Le lendemain matin, nous étions dans le doute et inquiets : Qu’est-ce que cela va donner ? Je ne sais pas si on n’a pas fait de bêtise de ne pas avoir signé ! ». On a à nouveau dut se mettre en rang. « En avant marche » mais comment ? Trois par trois, qu’ils dirent. March, fort (en avant marche) quand ce fut fini. « Wieder in die Baracke » (retour au baraquement). Nous faisions signe que nous avions faim ! Nous avions 20 ans, pas comme aujourd’hui, à l’époque nous avions faim, il n’y a rien à bouffer, mon Dieu je m’en rappelle bien. On a reçu chacun 2 ou 3 pommes de terre noircies et gelées, et bien si çà continue comme çà ! L’eau du robinet était carrément blanche, alors nous allions de temps en temps boire un peu, l’eau était calcaire. Cela a duré 14 jours. Le chef gueula encore : « Antreten ». Il avait un pupitre, fit un discours : « Sind ihr bewusst was sie machen wollen » (êtes-vous conscient de ce que vous voulez faire ?). Nous nous étions déjà dit : « Ecoutons les garçons, on ne peut plus être aussi borné, sinon ils vont nous liquider, avant deux jours, on sera au ciel » tu ne souriais plus, on s’est dit entre nous : « Ils nous faut signer, c’est pas la peine » car ils sont plus fort que nous, on ne peut rien n’y faire. On s’est écrit : « Jawohl » (oui) « Da sind sie zufrieden wenn sie unterschrieben haben » (Là vous serez satisfait quand vous aurez signés). Donc nous avons signés. Il dit : « Voilà, vous pouvez rentrer à la maison ». Nous n’avions pas le choix, car si on avait persisté dans le non, nous aurions vécu et c’en aurait été fini pour nous, et nos parents auraient été déportés, on s’était alors dit on ne peut pas s’entêter, car chacun avait ses parents à la maison et ils auraient été emmenés quelque part. Ils nous auraient quand même emmené de force. On a fini par dire « Jawohl » (oui). Ils ont alors dit : « Dann gehen sie ins Büro vorbei und hohlen sie ihr Jacket ». Ils nous ont laissé partir.

Puis nous nous trouvions à la gare et avions faim, nous sommes rentrés dans un restaurant, le restaurateur disant : « Vous venez d’où les garçons, je n’ai même pas besoin de vous demander ! »  Avions faim et soif. Avons bu une bière. C’était à Schirmeck. Deux, trois sont allés dans la petite ville, dans une boucherie chercher de la charcuterie, ils ont amené un plat de charcuterie, nous étions autour et nous avons « bouffé » avec un morceau de pain, avions bu et étions un peu saoul, c’était compréhensible nous n’avions rien. Puis nous sommes rentrés à la maison. Au retour les gens dans les champs nous regardaient geste à l’appui. Nous sommes donc rentrés. Les parents disant : que vouliez-vous faire les garçons ? C’est pas la peine. Ils nous ont ramenés directement à Blodelsheim.

 

Incorporé de force dans le Service allemand du travail soit le R.A.D. (Reichsarbeitsdienst) du 9 octobre au 29 décembre 1942 en Allemagne

 

Cela n’a pas duré longtemps. On a été enrôlé dans le R.A.D. Le « Reichsarbeitsdienst » (le Service au Reich). Là-bas nous étions 3 mois. En Allemagne. C’était supportable. Nous avions juste une arme factice. On nous a appris à marcher au pas. On n’était pas gros, on avait à manger sans plus. Ça allait, après 3 mois, je me souviens bien pour Noël, ils ont dit : « Jetzt werden wir Weihnachten feiern » (nous allons fêter Noël) avant que continuiez votre route, nous sommes dans une salle à fêter Noël, vous avez quelques jours de congés avant d’être enrôlé dans la Wehrmacht (troupe de défense). Ce furent donc les manœuvres sans qu’on ait de vraies armes. De temps en temps on nous amena sur le champ de tir, tu pouvais tirer à 200 mètres il y avait Paul Peter avec moi. Parfois nous tirions bien. Je me rappelle quand vint le chef. « Das ist doch nicht möglich das sie so schlecht schiessen » (ce n’est pas possible que vous tiriez aussi mal !) quand nous retournions sur le champ de tir, nous entendions dire de temps en temps que le tireur d’élite, il le mettait dans un trou en avant de la troupe, seul, la troupe à l’arrière. J’avais un fusil-mitrailleur, j’ai tiré, nous avions des points en fonction du tir sur une cible. L’officier disant « Ganz gut Fimbel, ganz gut » (très bien Fimbel, très bien). Moi je ne veux pas être tireur d’élite, je ne veux être devant, pas être dans un trou. Attends, je vais tirer à côté. Les points étaient comptés, ils ont cherché à comprendre pourquoi je n’atteignais pas la cible. Je me suis dit : toi tu vas te faire foutre ! « Sie finden den Anschluss nicht » (vous ne trouvez pas la cible !) Alors j’ai dit que je n’ai pas vu la cible. « Sie hätten ein Moment warten sollen » (vous auriez dû attendre un peu). Moi je ne voulais pas aller chez les tireurs d’élite, être dans un trou, car ils les cherchèrent ceux-là, les allemands, comme les russes. Ces tireurs d’élite si firent abattre. Vous n’auriez pas dû faire cela…

 

Incorporé dans l’armée allemande le 13 janvier 1943, départ pour le front en Ukraine

 

D’un coup c’est le départ au front. Des tranchées de 2 mètres, les russes ne te voyaient pas. Quand j’allais au Super U, j’achetais parfois une carte pour voir où j’étais stationné…

Dans la tranchée il y avait avec moi un collègue de Soppe-le-Bas : Bruckert Georges, j’ai un bon souvenir de lui. D’un coup ce fut l’alerte, il se trouvait à 10 mètres de moi dans la tranchée. Je lui dit : « Tu crois Georges qu’on sera encore là en fin d’après-midi ? » là tu ne ris plus. D’un coup l’alerte a été levée. Dans la nuit, je me trouvais dans mon trou quand un sous-officier m’apostrophe : « Fimbel komm raus sie nehmen das Kochgeschirr » la nourriture fut précaire et si cela ne te satisfaisait pas, tu pouvais faire venir un paquet de la maison, mais un paquet de 100g pas plus. Si la soupe était mauvaise je la jetais. J’ai cherché un morceau de lard. Nous nous trouvions dans la tranchée et avions reçu un supplément. Avec moi il y avait un dénommé Werner. Nous sommes sortis de la tranchée. D’un coup il y eut des tirs de la montagne en notre direction. Le dénommé Werner cria : « Hihnligen » (tous couchés) et dispersez-vous afin qu’on ne soit pas tous touchés. On a compté dix tirs. Allez debout, d’un coup je me retrouvais par terre.

 

Permissions à Blodelsheim

 

Du 8 au 18 avril 1943

 

Blessure de guerre le 5 septembre 1943,

 

Evacué vers l’arrière en octobre 1943 et 1944 d’hôpital en hôpital aux Lazarett de Tarnow, Zbylitowska Gora (Pologne), Riedlingen, Villingen, Königsfeld (Forêt-Noire en Allemagne) puis Oberbronn (Alsace)

 

Je n’arrivais plus à me lever. Je criais Werner ich kann nicht mehr laufen » (Je n’arrive plus à marcher !). A l’arrière il y avait un médecin. « Ich bringe ihnen ein Verwundenen » (je vous apporte un blessé) « Was sind sie für ein Landsmann » parfois l’un ou l’autre se blessa volontairement. « Ich bin ein Elsässer » lui dis-je. Il dit : « Wie ist das passiert » (çà c’est passé comment ?)  « Machen sie sich auf den Stuhl, zeigen sie mir das Bein » (mettez-vous sur la chaise et montrez moi ce pied) j’ai monté mon pantalon et il m’a donné une piqûre. « Herr Doktor wie lange dauert das bis das  geheilt ist ? » « Weigstens 3 Monate » (minimum 3 mois) je me suis dit alors, que d’ici trois mois la guerre sera sans doute terminée. Tu parles ! De là on m’a envoyé de Lazaret en Lazaret (centre de soins) je me retrouvais en Pays de Bade à Riedlingen, Villingen… Chaque fois qu’un médécin m’auscultait il me demandait de marcher et je me dis : attend collègue, je me suis forcé à boiter, c’était devenu une habitude à tel point que cela s’est ancré en mois. D’un coup vint un médecin et dit : «  Es geht nach Weihnachten » (on est proche de Noël) mais comme vous boitez, je ne peux vous envoyer… Celui-là doit vouloir me tester. Mais je suis toujours aussi futé que toi me suis-je dit. « Es tut mir leid ich kann ja nicht laufen bis zum Bahnhof» (je suis désolé, mais je ne peux marcher ainsi jusqu’à la gare). « Wir werden sehen » (on verra qu’il dit) d’un coup un à deux jours plus tard vint une dame du bureau et me dit : « Sind sie der Fimbel » (C’est vous le Fimbel) « Sie werden auf Urlaub fahren » (vous irez en permission) J’ai dit, mais je ne peux pas marcher ? On vous aidera déjà. Je me rends comment à la gare ? Quelqu’un vous aidera. J’ai demandé un collègue qu’il m’emmène à la gare « Ich gebe dir alle Zigaretten » (je te donne toutes mes cigarettes) je ne fume pas. Il m’emmena à la gare m’aida à monter dans le wagon, dans le compartiment, deux, trois personnes se levèrent pour me faire de la place. « Kommen sie Lanzer » Lanzer voulant dire soldat. Prenez-place ils étaient respectueux, ils s’entraidèrent. J’allais en direction de Oberbronn sans doute. Je vais en permission. Je suis Alsacien.

 

Permission à Blodelsheim

 

Si vous voulez, vous pouvez aller à Fribourg pour voir votre famille. Je me suis dit, une fois à Fribourg, je vais téléphoner à ma famille. A la Poste de Blodelsheim il y avait Munschy Eugène, j’ai dû attendre la connexion, il dit à l’autre bout du fil tu es qui ? « Eh s’Fimbels Robert » (c’est moi Robert Fimbel). Quoi de neuf ? Je suis en permission. Tu pourrais dire à ma famille que je vais venir en permission. Oui, oui, je leur dirais. Il y avait Irma et Stéphanie du restaurant (Stéphanie Thuet ?). Ils sont venus avec 3 vélos à Fribourg, en fait ce fut Alt-Breisach (Vieux-Brisach). Je me suis dit, une fois rentré à la maison, je me mettrai en cachette. Mais ? Les Alliés avaient déjà débarqués, mais ce n’est pas encore gagné. Je me suis dit que je ne pouvais rester là, c’est trop dangereux.

 

Permissions du 25 décembre 1943 au 3 janvier 1944. Du 22 février au 22 mars 1944. Du 28 septembre au 14 octobre 1944.

 

Retour au front à Jermer-Josefstadt, Tchéquie puis fait prisonnier des russes le 10 mai 1945

 

La mort dans l’âme, je suis reparti après quelques jours de repos dans une caserne en Allemagne puis à Jermer-Josefstadt (en Tchéquie) dit Robert. Bientôt les Alliés vont atterrir. La guerre est terminée, je me retrouvais seul, sans Alsacien avec moi. Nous errions de-ci de-là jusqu’à une ville. Nous nous retrouvions à 30 ou 40, nous voulions manger quelque chose. On me dit : « Sie müssen in eine französische Kaserne » (vous devez rejoindre une caserne française) mais elle est où ? D’un coup on se retrouva devant une caserne française. La porte s’ouvrit, un militaire m’accueilli. On pourrait manger quelque chose chez-vous ? Attendez. Vint un gradé. On est prisonnier de guerre. Allez dans la salle. Vous attendrez. Une table fut prévue pour nous et chacun reçu un paquet de cigarette. Nous mangions. Trois camions vous ramèneront à la maison. On fut tous appelés, tous, sauf moi à monter dans un camion. Une dame me dit. Vous êtes blessé de guerre, passez la nuit ici.

 

Octobre 1945 : rapatrié de Vienne à Strasbourg en avion

 

Demain un avion va vous rapatrier à Entzheim près de Strasbourg. Je me trouvais à Vienne en Autriche. Je n’étais pas rassuré à prendre l’avion. Les autres rentrèrent en train. Nous volions donc de Vienne à Strasbourg. De Entzheim à la gare de Strasbourg. Nous prenions le train vers Mulhouse. Quelle tristesse des familles sur le quai de la gare, attendant le retour de leur fils ou mari. Il fallut voir ce désarroi. Garçons qui ne rentrèrent plus. Vous n’avez pas vu un tel ou un tel ? Qu’ils demandèrent…

Est-ce qu’un bus « Busser » circulait encore ? On m’a dit : oui. Le car se trouvait dans une cour de l’Avenue de Colmar. On leur dit d’attendre ma venue. Je courus vers cette avenue. Ecoutez chauffeur, je veux aller à Blodelsheim, mais je n’ai pas d’argent. Vous voyez d’où je viens, je rentre de la guerre.

 

Retour à Blodelsheim le 25 octobre 1945

 

Le bus arriva à Blodelsheim. Je vis deux filles dont Claudine Barras (famille Barras qui tint l’épicerie de la rue Principale). elle dit : « C’est toi Robert, d’où c’est que tu viens ? ». Je viens de la guerre, je viens de rentrer de la guerre. « Donne-moi ton sac » dans lequel il y avait juste l’essentiel : un couteau. « Je vais t’emmener jusqu’à chez toi » en rentrant dans la cour, mon père sortait juste de l’étable. J’ai crié : « Vàter ech be weder do » (Père me revoici) je ne pus m’exprimer, la gorge nouée en pleurs. Tout le monde pleura. Une joie indéfinissable régna d’un coup. Mes parents inquiets de voir si je pouvais encore marcher ! (Robert avait là aussi, les larmes aux yeux en témoignant de tout cela). Oui, oui, je fais doucement, disait-il à ses parents…

Robert terminant son témoignage : « Voilà, ce que je pouvais dire… »

 

Robert finalement n’est revenu à Blodelsheim qu’en octobre 1945, cinq mois après l’Armistice le laisser-passer fut un document russe reçu d’un camp (sans doute à Innsbruck ?) quand nous fûmes identifiés puis libérés, dit-il.

Il rajouta, qu’il ne fut pas à Tambow contrairement à Sauter Ernest et d’autres.

Après la guerre Robert disait qu’il fit longtemps des cauchemars, rêva maintes fois, qu’on vient pour le fusiller !

 

Bruckert Georges dont il est question dans sont récit fut un ami pour la vie.

Voici des photos ou documents de Robert Fimbel et deux photos de l'ouvrage de Eugène Riedweg de 1995 : "Les "Malgré Nous"" qui traduisent le vécu de Robert et de tous les garçons Bldelsheimois et dans un sens plus large tous les Alsaciens-Mosellans !

Pour tous ce fut la mise au pas à Schirmeck puis le R.A.D. puis l'incorparation de force dans la foulée !

Blessé de guerre, il fut envoyé de Lazarett en Lazarett jusqu'à arriver fin 1944, à Niederbronn où il fut soigné par les Nederbronner Schwestra soit les religieuses du Très Saint Sauveur.

Le 10 mai 1945 Robert Fimbel est fait prisonnier russe à Innsbrück en Autriche. Ci-contre son certificat de libération russe qui ne fut délivré que le 10 octobre 1945 !

Goerges Bruckert de Seppois-le-Bas et Robert Fimbel resteront amis à vie. Georges Bruckert devint le parrain de Fernand, le 2ème fils de Robert.
En 1991, des anciens Malgré-Nous se retrouvèrent à Bergholz-Zell et Blodelsheim à l'initiative de Paul Welty, Maire-Honoraire de Bergholz-Zell. Sur la photo ci-dessous à droite ils posent pour une photo-souvenir. 
Trois Blodelsheimois sont sur cette photo : Robert Fimbel, Paul Peter et Xavier Thierry.

Un grand merci à Robert Fimbel pour son témoignage le 20 mai 2021 à l'aide de nombreux documents militaires auxquels il tenait tant.

Robert Fimbel décéda le 19 septembre 2021, ainsi disparaissait le dernier Malgré-Nous de Blodelsheim.

Autres photos parmi tant d'autres de garçons de Blodelsheim dans la deuxième guerre mondiale du fond d'archives de Émile Decker.

Sur ce site un thème est dédié aux victimes militaires et civiles de Blodelsheim de la seconde guerre mondiale.

Après la Seconde Guerre Mondiale les Malgré-Nous qui eurent tant à souffrir dans leur être et dans leur chaire n'osèrent guère évoquer leur vécu... des associations se sont créées pour leur défense et faire valoir leur droit !

Un de ces membres fut Robert Antony, lui-même Malgré-Nous, enfant de Blodelsheim qui habita Colmar. Toute sa vie durant il se mit au service de ses compagnons de route jusqu'à son décès.

Il fut administrateur de la Fédération André-Maginot
Il fut président des évadés et incorporés de force de Colmar

En 2001 il fut nommé chevalier de l'ordre national du Mérite à l'Unesco à Paris

Dans ses Mémoires de guerre le Général de Gaulle a écrit :
" Je mesure combien l'occupation allemande, l'instauration de la loi de l'ennemi, l'incorporation forcée de beaucoup d'hommes dans armées du Reich, la perte de nombre d'entre-eux, l'angoisse qu'inspire le sort de ceux qui sont en captivité soviétique, ont posé des cas douloureux".

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur la tragédie des Malgré-Nous d'Alsace-Moselle, consultez le site officiel dédié à ces garçons.

En janvier 2020, France Culture proposa un podcast très juste sur les "Malgré-Nous" dans "Affaire Sensible" de Fabrice Drouelle, voici le lien ci-dessous pour y accéder.

Un grand remerciement aux personnes qui ont apporté leur témoignage ou données leur accord pour que ces témoignages puissent être publiés sur ce site.

Patrick Decker, Blodelsheim, octobre 2021.

Les Malgré-Elles

Les « malgré-elles » sont des femmes originaires d’Alsace et de Moselle sous occupation nazie lors de la Seconde Guerre mondiale, qui, à l’instar des « Malgré-Nous », ont été enrôlées de force dans différentes structures nazies durant la période de 1942 à 1945. Il y aurait eu environ quinze mille jeunes filles incorporées de force originaires de l'Est de la France.
 
Elles furent incorporées dans le RAD (Reichsarbeitsdienst ou service national du travail), dans le KHD (Kriegshilfsdienst ou service auxiliaire de guerre pour les femmes) et dans l'armée régulière allemande, la Wehrmacht.

Leur situation a été longtemps ignorée : le gouvernement nazi ne souhaitait pas heurter l'opinion publique allemande et le soldat féminin ne s'accordait pas avec la vision nationale socialiste de la femme, il a donc tout fait pour minimiser le rôle joué par les incorporées de force au sein de l'armée. Ainsi, elles conservaient un statut d'auxiliaires non combattantes dans la Luftwaffe jusqu'en août 1944 alors qu'elles pouvaient être affectées comme Flakhelferinnen au sein de la défense anti-aérienne dès l'âge de 17 ans5. Dépourvues de livret militaire, elles ne pouvaient pas fournir de preuve de leur enrôlement dans l'armée auprès de l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre. Ce n'est que le 17 juillet 2008 qu'un accord d'indemnisation a été conclu entre Jean-Marie Bockel, alors secrétaire d'État aux anciens combattants et le président de la Fondation entente franco-allemande, gérante des fonds versés par les autorités allemandes, au titre de dédommagement moral aux Malgré-Nous.

A Blodelsheim plusieurs filles furent ainsi incorporées dans le RAD.

- Anna Vonarb, mariée à Albert Hueber
- Marie-Thérèse Stahl, mariée à René Decker
- Albertine Gaba
- Liliane Behe ?

...y en eut-il d'autres ?

Anna Vonarb, mariée Hueber fut donc l'une d'entre elles...

En 1944 un camps fut envisagé par les nazis pour le RAD de jeunes femmes le long de la rue d'Ensisheim et la voie ferrée à Blodelsheim ! Le plan ci-contre est sans équivoque. L'esquisse s'est estompée avec le temps et difficilement lisible.

Ce n'est qu'en 2008 qu'un accord d'indemnisation a été conclu entre Jean-Marie Bockel, alors secrétaire d'État aux anciens combattants et le président de la Fondation entente franco-allemande, gérante des fonds versés par les autorités allemandes, au titre de dédommagement moral aux Malgré-Elles.

Ce thème sera complété...

Novembre 2021.