1936-1939 : la Drôle de guerre

Au milieu des années 1930 on pressentait une nouvelle guerre. La France s'y prépara, mais mal dira un historien.

En Alsace-Moselle et bien des villes et villages virent arriver des troupes en cantonnement et faire des manœuvres le long du Rhin surtout... à Blodelsheim aussi. Des photos témoignent de ce temps.

Blodelsheim et l'histoire militaire de la 2ème guerre mondiale... avant 1939

 

Bien avant 1939, le ministère de la guerre de France fait exécuter des travaux de fortification pour la ligne << MAGINOT >> le long de la frontière franco-allemande.

Sur le ban communal 5 casemates sont construites.

Ce sont des ouvrages en béton prévus pour un équipage de 30 hommes, armés d’un canon et de plusieurs mitrailleuses, avec ventilation, un puits pour l’eau, avec porte blindée, une tourelle blindée pour observation. Ce sont des ouvrages qui peuvent communiquer entre eux par téléphone souterrain.

Ces casemates n’ont pratiquement pas servies pour la défense du pays.

Blodelsheim fit parti du sous-secteur de Dessenheim et était occupé par le 28ème régiment d’infanterie.

 

Les casemates sur le ban de Blodelsheim 

 

Il y en eut deux sur les bords du Rhin : une côté Steinhubel le 17 / 1, une autre côté Grossgrien le 16 / 1.

Au Nord-Est de la localité la 53 / 3 (coté Etangs des Saules) les traces de cet ouvrage ont pratiquement disparues, elles sont recouvertes de terre à l'emplacement de la butte à proximité du bâtiment de l'APP.

Au Sud-Est de la localité la 54 / 3 (en ce début du 21ème siècle on aperçoit encore des blocs de béton, de nouvelles habitations sont érigées à proximité).

Au Sud de la localité la 55 / 3 (à l'emplacement de l'ancienne déchèterie) les traces de cet ouvrage ont disparues et recouvertes de terre et de gravats.

 

Toutes ces casemates ont été démolies (dynamitées) par les militaires allemands avant la libération de 1945.

 

Emile DECKER – Blodelsheim. Fichier : Blodelsheim 1939

Les secteurs de la Ligne Maginot en 1940 : Blodelsheim fit partie du Secteur fortifié de Colmar et Sous-Secteur de Dessenheim.

En 1991-92 échanges de courriers entre M. Legrand de Widensolen grand connaisseur de la Ligne Maginot et la mairie de Blodelsheim et Émile Decker à propos des casemates de Blodelsheim...

La plupart de ces fortins ont disparus car dynamités, il subsiste, deci delà, de rares vestiges en vrac. Sur l'Ile du Rhin à  Vogelgrun, un fortin de la Ligne Maginot fut conservé et restauré en souvenir des soldats français morts au Champ d'Honneur en 1939-1940.

Enquête sur l’histoire de l’évacuation du 1er  Septembre 1939

 

La guerre du 3 septembre 1939 au 10 mai 1940

 

Rapport classé dans les archives municipales de la commune de Blodelsheim daté du 20 mars 1951, effectué probablement sous le maire Joseph STAHL, maire de 1950 à 1956

 

Chapitre 1 – La Mobilisation – la déclaration de la guerre :

 

Le décret de mobilisation cause dans la commune une profonde consternation. La commune de Blodelsheim se trouvant dans la première zone d’évacuation, fut engagée activement et dans la personne de toute sa population dans les rouages du plan de mobilisation. D’une part, les hommes étaient appelée à rejoindre leurs unités de troupe, d’autre part, le premier septembre à midi arriva l’ordre à toute la population d’avoir à évacuer le village jusqu’à dix heures (10 h. = 22 h. ) du soir.

 

Seuls les membres de la sauvegarde, 11 personnes, en tout devaient rester sur place.

A savoir :

ANTONY Eugène, maire par intérim

ANTONY Joseph – GUTZWILLER

BRUN Aloyse

FAESCH Joseph

HASSLER Aloyse

MEYER Auguste

MEYER Ernest

PETER Xavier – ROTHENFLUCH

RENNER Albert

RENNER Joseph – RHEINHART

RENNER Louis

 

Leur mission consistait à sauvegarder les biens des évacués, veiller au départ du bétail et faire l’inventaire des biens mobiliers restés sur place.

 

La population évacuée dut se rendre à Hartmannswiller près de Soultz. Le déplacement se faisant avec les moyens des cultivateurs, attelages de chevaux. Chacun avait emporté ce qu’il lui avait été possible de charger sur sa voiture, matelas, linge, habits, vaisselle, provisions, animaux de basse cour, divers objets de valeur qu’ils tenaient à conserver.

 

A Hartmannswiller, arrêt de quelques jours. La population s’installe dans les locaux disponibles, mairie, école, maisons privées. Quand l’installation se trouve à peu près terminée, nous reçûmes l’ordre  de nous rendre à la gare de Soultz  pour le départ vers une destination inconnue.

 

Le départ de Hartmannswiller se fit dans des conditions particulièrement défavorables,

il pleuvait à torrents et on ne voyait pas deux pas devant soi. A une heure ( 1 H ) du matin  tout le monde fut réunie dans les halles de cette commune.

 

A trois heures ( 3 H ) du matin, nous fûmes embarqués dans des wagons à marchandise, chacun avait pu emporter une trentaine de kilos de bagages. On s’installa tant bien que mal, soit sur une botte de paille, soit sur son balluchon.

 

Peu de temps après le départ du train, la fatigue se manifesta et le bruit monotone des wagons nous aida à nous plonger dans un profond sommeil.

 

Cette page fait partie d’un dossier conservé dans les archives de la mairie…. !

 

A l’aube la pluie a cessée et un brouillard épais s’était étendu sur la campagne. Nous étions arrivés à Chalons sur Saône. Par les petites ouvertures des wagons nous contemplions le paysage nous demandant quelle serait notre destination ? Le train s’arrêta à plusieurs reprises pour permettre à chacun d’aller vaquer à ses petits besoins. C’était toujours en pleine campagne. A chaque arrêt nous nous renseignions auprès du chef de train sur la distance encore à parcourir et il nous répondait invariablement qu’il n’y aurait plus qu’une centaine de kilomètres.

 

A St. Etienne le train s’arrêta dans la gare pendant près d’une demi-heure. Après deux nuits et deux jours de voyage on nous annonce enfin l’arrivée. Nous nous trouvions dans la gare de Gimont  (Gers). La population de la région était venue nous accueillir. Plusieurs d’entre nous se virent offrir un logement. On nous distribua également des fruits. Le temps était très beau. On nous réunit sur la place de la gare pour nous servir ensuite un repas chaud. Le bâtiment des halles nous servit de premier cantonnement. Le sol en avait été recouvert de paille et chacun s’installa de son mieux pour passer la première nuit.

 

Quoi qu’on puisse en penser le moral des personnes ainsi déplacées n’était pas mauvais. Nous n’avions pas le temps de réfléchir et de nous rendre compte de la situation.

 

Le lendemain matin les plus entreprenants entre nous se rendirent en ville pour trouver un logement et plusieurs familles furent ainsi casées. Les autres passèrent encore une journée et une nuit dans les halles attendant qu’un logement leur soit attribué, comme il leur avait été promis. Le deuxième jour des guides de la municipalité nous conduisirent voir les pièces vacantes. La plupart des pièces qui nous furent  présentées se trouvaient dans un tel état de vétusté, que nous les refusâmes. Après bien des démarches chacun s’en alla de son coté à la recherche d’un abri. Au soir toute la population était casée dans des conditions plus ou moins bonnes.

 

La bonne volonté de la population de Gimont ne peut pas être mise en doute à notre égard, elle fut même très généreuse. Notre parler, cependant leur semblait un peu étrange, ils ne pouvaient pas comprendre  qu’il y eut des français ne sachant pas parler la langue.   

 

Chaque famille évacuée une fois installée se mit à faire elle-même sa cuisine. Les hommes valides entre 18 et 60 ans durent se mettre au travail. Ils furent occupés soit à la Cartoucherie à Toulouse, soit auprès des cultivateurs des alentours. Les personnes sans emploi touchèrent une indemnité journalière de 10 francs par tête, ce qui à ce moment là représentait une somme intéressante et qui permettait parfaitement de vivre, d’autant plus que le coût de la vie à Gimont était beaucoup plus bas qu’il ne l’avait été de la même époque en Alsace. Chaque mois avait lieu une distribution de bois de chauffage à titre gratuit.

 

La municipalité de Blodelsheim s’était installée dans une pièce de la mairie de Gimont et réglait elle-même toutes ses affaires administratives. Monsieur SITTERLE Alois, alors maire, effectuait son service avec beaucoup d’autorité et jouissait de l’estime unanime de la population.

 

Le maire de la commune de Gimont, Monsieur BAZAT avait entrepris avec beaucoup de cœur le parrainage de la commune et les relations entre la municipalité évacuée et celle de Gimont furent toujours des plus cordiales.

 

Chapitre 2 – Les évènements de mai – juin 1940, l’invasion.

                     Rien à signaler.

 

Chapitre 3 – L’occupation militaire en 1940.

                     Rien à signaler.

Chapitre 4 – Retour des évacués en septembre 1940.

 

An début du mois de septembre 1940 à Gimont, la population fut invitée par la voix de l’appariteur à préparer ses bagages en vue du retour en Alsace. La joie du retour cependant était modérée par de grandes appréhensions. Chacun se demandait comment il serait reçu par l’occupant. Une dizaine de personnes pourtant refusèrent de retourner en Alsace. Leur décision fut motivée par l’inquiétude d’avoir à subir un régime redouté.

 

Du coté des autorités françaises il ne fut absolument rien entrepris pour retenir les réfugiés.

 

Dans la première semaine de septembre les habitants de Blodelsheim quittèrent Gimont. Le voyage fut sans histoire. En gare de Chalons sur Saône nous vîmes pour la première fois des soldats allemands. Le train s’était arrêté à la ligne de démarcation vers minuit. Le maire dut présenter la liste des personnes transportées. On nous offrit du café. Après une heure d’attende le train se remit en marche pour ne plus s’arrêter qu’à Mulhouse.

 

A l’entrée en gare de Mulhouse nous fûmes accueillis par la musique. A l’arrêt du train on nous fit un discours nous souhaitant la bienvenue dans l’Alsace à nouveau allemande. Ce discourt fut accueilli par un froid silence de notre part. Dans une cantine installée dans les locaux de la gare une soupe chaude nous fut servie.

 

Nous reprîmes le voyage jusqu’à Bantzenheim où nous dûmes quitter et décharger les bagages. Une unité militaire se chargea de notre transport à Blodelsheim. A Blodelsheim nous trouvâmes ce que nous avions redouté de trouver, c'est-à-dire nos maisons pillées, nos meubles disparus ou détruits de manière qu’on aurait pu penser que les troupes qui avaient passées dans la commune auraient pris un malin plaisir à leur destruction.

 

Chacun remit un peu d’ordre dans ses affaires et il fut publier que tous ceux qui avaient trouvé dans leur maison des meubles ne leur appartenant pas, avaient à les placer devant les maisons pour permettre aux propriétaires de les retrouver. De cette manière certains ont pu reprendre possession qui d’une armoire, qui d’une table………, les maisons elles mêmes n’avaient pas souffert de la guerre, aucune action militaire ayant eu lieu dans la région.

D'après ce courrier daté du 8 juillet 1940, 435 Blodelsheimois furent à Gimont.

Voici plusieurs témoignages sur le 1er septembre 1939 et l'année à Gimont. Temoignages de...

Claude Munschy

Irma Godmé, née Witz

Paul Peter

Émile Decker

Marie-Rose et Joséphine Antony

Édouard Decker transmis par monsieur Lajoux de Gimont en 2010

Récit de Claude MUNSCHY sur l'évacuation de la population civile en 1939 des villages riverains du Rhin

La menace de guerre pesait depuis 1933 sur l’Europe. La population riveraine du Rhin était particulièrement inquiète, car sur la rive française du Rhin, comme sur la rive allemande, on construisit des lignes de défense (coté français la ligne MAGINOT ), coté allemand la ligne SIEGFRIED ou WESTERWALL.

A partir de 1934, chaque année les disponibles et les réservistes frontaliers furent appelés à joindre, pour quelques jours, les postes prévus pour eux en temps de guerre. Mon père était affecté à la défense interne des Forces Motrices du Haut Rhin (la FORMO).Il faisait partie de l’équipe de défense des centrales de productions d’électricité du Haut Rhin : Kembs, les lacs, Centrale Thermique de Mulhouse.

Pourquoi ces rappels annuels ? Le 3ème Reich de HITLER, arrivé au pouvoir en 1933, devenait d’année en année plus menaçant à intervalle régulier. Un conflit après l’autre éclatait en Europe.

Le 24 ou le 25 août 1939, les disponibles et les réservistes furent une nouvelle fois appelée à rejoindre sans délais leur unité d’affection. Malgré que ces réservistes avaient l’habitude d’être rappelés, ils savaient bien que la situation était très tendue, un certain espoir persistait pourtant. Chacun se rappelait de la déclaration du Président du Conseil Monsieur DALADIER lors de son retour de Munich le 30 septembre 1938 après l’accord des quatre Grands ( tous les journaux tiraient la Paix pour 25 ans ).

Très vite il a fallu se rendre à l’évidence, HITLER ne tenait pas ces accords. Le 3ème Reich ne cachait plus ses intentions. Il attaqua la POLOGNE et DANTZIG. L’Angleterre et la France avaient conclu avec la POLOGNE un pacte d’aide, déclarèrent la guerre à l’Allemagne.

Ce vendredi 1er septembre 1939 arriva dans toutes les communes frontalières un ordre laconique : exécutez : "PAS DE CALAIS entre 15 et 17 heures".

 

Cet ordre fut transmis par téléphone ou par les gendarmes car en 1939, toutes les mairies n’avaient pas encore le téléphone. Maires et secrétaires de mairie savaient qu à la réception de cet ordre, il fallait ouvrir l’enveloppe cachetée qui se trouvait depuis plus d’un an dans le coffre des documents de chaque mairie.

Cette enveloppe portant le mot « Pas de Calais » contenait l’ordre de mise en exécution du plan d’évacuation de la population des communes situées à moins de 10 Km du Rhin. Cet ordre désignait les membres de la commission de sauvegarde qui devait être retenues dans la commune.

 Tous les autres civils devaient quitter avec quelques bagages le village en un temps de record de trois heures suivant les dispositions données dans ce plan. Cette mauvaise nouvelle fut aussitôt annoncée par les cloches de l’église du village qui se mirent à sonner simultanément dans toutes les communes. Puis ce fut l’appariteur qui avertit rue après rue, avec son tambour la population.  Vers 18 heures les premières charrettes voitures à chevaux chargées de matériel divers ( menu mobilier, literie, linge, habits etc ) quittaient déjà la localité pour une destination inconnue.

 

Triste spectacle… ! Sur les voitures des vieillards, des femmes, des enfants quittaient le village en pleurant. Dans un temps record, voitures à  chevaux, les automobile encore très rares à cette époque, des chariots à bras, des vélos et même des landaus furent préparés pour ce douloureux départ. La plupart des hommes étaient mobilisée et revenaient un à un, avec ou sans permission. Ils cherchaient les leurs, les trouvaient ou ne les trouvaient pas. Ces colonnes de malheureux de chaque village prenaient la direction des Vosges sans savoir vers quelle destination ils iraient. C’est seulement à quelque distance du village qu’on leurs indiquait le lieu de rassemblement.

Papa rentrait des lacs. Son ami Joseph BUCK de Kingersheim était déjà là et nous proposait de venir nous réfugier chez lui puisqu’il était sûr que cette guerre ne durera pas longtemps. Nous sommes donc partis le soir même à Kingersheim dans notre automobile ( C’était une Simca 5 ) Joseph BUCK était maire de Kingersheim et le lendemain nous délivrait un « laisser passer » pour retourner à Blodelsheim pour chercher encore des affaires.

A  Blodelsheim c’était la désolation, le bétail était dans les rues, les poules, les lapins, les canards les oies…. couraient de partout. La commission de sauvegarde était pratiquement inexistante et inefficace. Avec oncle Victor, beau frère de papa, nous allions voir aussi notre maison paternelle.

Le sort du village devait être confié à la commission de sauvegarde. Les membres de cette commission ont été désignés en automne 1935 sur instruction de la préfecture et était constituée de quinze membres. Depuis sa création certains membres étaient décédés, d’autres avaient quitté le village. Enfin certains ne se souvenaient plus de leur affectation.

Les familles des deux sœurs de papa ( Joséphine et Anna ) et la grand-mère étaient accueillies à Gunsbach dans la vallée de Munster. Les autres habitants d Blodelsheim étaient évacués vers le département du Gers à Gimont. C’est un récit et souvenirs de mon cousin Claude MUNSCHY marié et domicilié à St. Croix aux Mines. Son domicile familiale et paternel était situé dans la rue d’Ensisheim, propriété depuis longtemps vendu. Il avait l’âge de 9 ans à l’époque. Ses parents sont décédés à Blodelsheim.

Ce qu'avait décrit Émile Decker lui aussi, rejoint en tous points le témoignage de Claude Munschy

Dans ce cahier j’ai rassemblé quelques textes, écrits par des habitants ayant vécu ce drame pendant leur jeunesse, ainsi que mes propres souvenirs de l’évacuation de Blodelsheim le 1er septembre 1939

Pourquoi ai-je décidé de mettre par écrit mes souvenirs uniquement 40 ans après …? Tout simplement parce que c’est l’opinion publique qui nous somme de raconter ce que nous avons vécu pour que rien ne soit oublié.

 

C’est une longue histoire…. ! Même la presse de 1939 n’en parlait que très peu ? Ceci était considéré comme un « secret militaire » pour ne pas alerter l’ennemi d’outre Rhin.

D’après une circulaire émie par le Préfet du Haut Rhin il s’agissait du repliement des habitants qui ont l’obligation de suivre les ordres donnés par la mairie.

 

Concernant l’évacuation de notre localité, très peu de documents évoquant le départ précipité de la population locale subsistent. C’est un fait historique de plus que l’Alsace a vécu….

Un rapport daté du 20 mars 1951 écrit sous le mandat du maire Joseph STAHL se trouvant  dans les Archives Municipales de la commune de Blodelsheim daté du 20 mars 1951, nous transmet quelques informations supplémentaires sur l’évacuation.

 

Le décret de mobilisation est l’origine d’une profonde consternation au sein de la commune. Le 1er septembre vers 13 heures est donné l’ordre à l’ensemble de la population d’évacuer le village. Les habitants ont jusqu’à 22 heures pour s’en aller. La population doit se rendre à Hartmannswiller premier centre d’accueil avant le grand départ vers le département du Gers.

 

Ceci fut une époque dramatique pour la génération de ce temps qui fut parmi les premières victimes de la deuxième guerre mondiale qui dura cinq ans et neuf mois !

 

Issus des documents de Emile DECKER – Fichier : Blodelsheim 1939

 

1er septembre 1939 - Témoignage avant l’oubli de Madame Irma GODME née WITZ

A l’époque domiciliée avec ses parents Xavier et Elise WITZ, agriculteur, impasse Hammerstatt à Blodelsheim

Par ce récit, elle essaie de laisser des traces d’un fait historique vécu par la population  de la région frontalière franco allemande, une génération sacrifiée pour la 2ème guerre mondiale.

 

Bien avant la date du 1er septembre 1939, les rumeurs d’une guerre éventuelle faisaient la une des conversations. Et finalement ce qui devait arrivée est arrivé… ! Ce fut la déclaration de la guerre dont on ne pouvait prévoir son ampleur. Ce fut un jour mémorable que ce 1er septembre, un jour où tous les habitants du village furent obligés de quitter leurs biens dans les plus brefs délais. Les consignes diffusées furent les suivantes : la population locale doit évacuée le village, et ce  pour 24 heures au plus tard. Mais au paravent l’armée française occupait toutes les casemates et diverses fortifications du ban communal, mais aussi partout le long du bord du Rhin.

 

J’avais 20 ans alors, et je ne réalisais pas ce qui arrivait

 

Pour mes parents, ce n’était pas pareil, eux avaient déjà vécu une guerre. Tout commentaire était inutile. Ils commençaient à rassemblés tout ce que notre chariot pouvait contenir car il fallait partir avec les chevaux. La population locale était en grande partie agriculteur, avec un nombreux bétail, les blés engrangés, le ménage etc … ! Tout est resté sur place à l’abandon. Je crois que toute la population était prête à la même heure et ce fut une longue colonne de chariots  chargés avec d’indispensable nécessaire à survivre qui quittait le village pour se diriger vers un premier point de rassemblement, le village de Hartmannswiller. Les habitants de cette localité nous ont bien accueillie et de bon cœur, car eux avaient été réfugiés lors de la guerre de 1914 1918.

Nous voilà donc dans ce village avec nos bagages. En partant de chez nous, nous avions perdu notre raison de vivre. Tout ce que nous possédions était resté là-bas, à l’abandon. Mes parents étaient très tristes, car eux aussi savaient ce qu’était la guerre puisque mon père y avait passé quatre ans au cour de la 1ère guerre mondiale.

Nous restâmes quelques jours dans une famille très accueillante. Puis vint le départ, mais sans les chevaux, rien qu’avec quelques ballots de linge et d’habits et des vivres, de quoi pour survivre quelques jours. Ce fut un départ bouleversant, nous fûmes embarqués dans des wagons à bestiaux, ignorant totalement notre destination.

Pendant environ quatre ou cinq jours de voyage, le train roulait, s’arrêtant de temps en temps dans des gares ou des soins sont donnés aux nécessiteux, d’autres arrêts eurent lieux sur une voie de garage pour laisser passer  des convois militaires qui se rendaient dans les zone frontalières.

Enfin un jour le convoi s’arrêta, nous sommes arrivés à destination inconnue, c’était GIMONT … ?  lieu inconnu pour nous tous.

Nous étions heureux de descendre du train et de notre situation inconfortable. En effet les conditions d’hygiène n’étaient pas les meilleures. Toute la population, au courant de notre arrivée, se trouvait sur le quai de la gare pour nous accueillir. La municipalité assigna un logement à chacune famille. Une personne compétente se trouvait à notre disposition, à toute heure, pour tout renseignement. Monsieur le Maire organisa rapidement la distribution de bois de chauffage. Toutefois, les conditions de vies étaient précaires et inhabituelles pour nous ; les logements n’étaient pas équipés de cuisinières à bois, mais avec des cheminées à feu ouvert. Il fallait dons nous adapter à une autre manière pour cuisiner. De plus le lait, dont nous étions habitués, faisait défaut, car seul l’élevage de gros bétail était pratiqué dans la région. En raison de la demande croissante, un marchand de bestiaux acheta des vaches laitières. Les réfugiés enthousiastes allaient les traire matin et soir.

La vie, petit à petit se réorganisait, chacun trouva du travail. Les hommes valides et les jeunes gens non appelés furent sollicités au moment des vendanges, puis dans les fermes des alentours ; les femmes et les jeunes filles trouvèrent diverses occupations. Moi-même je fus placée dans une famille à Toulouse, Madame était professeur d’espagnol et Monsieur chirurgien-dentiste, et je gardais les enfants.

La vie aurait pu être agréable si toutefois nos pensées et nos cœurs n’avaient pas été constamment tournés vers notre village quitté si précipitamment ; Chaque réfugié touchait la somme de dix francs par jour pour subsister. C’était largement suffisant pour acheter ce dont nous avions besoin.

Peu à peu s’annonçait notre retour en Alsace… Je rejoignis mes parents à GIMONT. C’était avec appréhension que se préparait le départ de GIMONT, car nous ignorions ce qui nous attendait chez nous. Les nouvelles en provenance d’Alsace n’étaient pas très rassurantes, et le grand jour arriva… !

Nous nous retrouvions à nouveau sur la quai de la gare, Gimontois et Alsaciens, tous étaient là, très émus. Une nouvelle fois nous prîmes place dans des wagons à bestiaux. Nous étions bien plus chargés qu’à notre arrivée, car les Gimontois nous donnèrent de nombreux biens utiles pour notre retour en Alsace. Le train démarra, le cœur lourd et les yeux emboués de larmes, chacun s’arrangeait une place parmi les bagages.

 

Au départ de Gimont, une fois de plus nous roulions vers l’inconnu…

C’est avec regret que j’ai quitté GIMONT et ces sympathiques habitants. Ce fut une étape inoubliable dans ma vie. Ce devait être le même pour toute la population de Blodelsheim. Encore aujourd’hui je pense avec beaucoup de gratitude à tous ceux qui nous avaient adoptés et rendus la vie aussi agréable que possible.

Cinquante ans après, je remercie encore les Gimontois et leur souhaite ne jamais devoir supporter un exode comme le nôtre.

 

 Madame Irma GODME née WITZ se rappelait et a mis ses souvenirs dans ce texte 50 ans après.

Par ce récit, elle essaye de laisser des traces d’un fait historique vécu par une génération sacrifiée.

 

Recueilli par Emile DECKER en décembre 1988. Fichier : Blodelsheim 1939

Témoignage de l’évacuation de notre localité en 1939 par Paul PETER  fils d’Alfred et Louise THUET se souvient….

Famille jadis domiciliée dans la rue Alma à Blodelsheim.

 

L’histoire que j’essaie de raconter que j’ai vécu dans ma jeunesse, âgé de 15 ans avec mes parents ici à Blodelsheim, il y a 45 ans de cela. Elle est restée gravée dans ma mémoire puisqu’elle a bouleversée notre vie, notre tranquillité, nos habitudes de l’époque de cette localité rurale, notre pays et le monde entier et par la suite elle a provoquée de terribles souffrances, de destructions et d’innombrables victimes.

 

C’est le 1er septembre 1939 que mon histoire prit son élan par une belle journée de l’arrière-saison de l’été.

J’avais 15 ans alors, j’étais fils aîné d’une famille d’exploitants agricoles ; j’avais une sœur de 14 ans. Mes parents étaient des agriculteurs de Blodelsheim, cette localité de la Hardt Rhénane où la polyculture prédominait est située à environ 1 km du Rhin, donc de la frontière Franco – Allemande. Tous mes aïeuls y sont nés, y ont vécu et y ont travaillé la terre pour nourrir leur famille. Le produit de la terre nous permettait de vivre modestement et en toute sérénité.

Ce jour-là, le travail quotidien d’un agriculteur commença comme les jours précédents, le matin de bonne heure ; il y avait le bétail à nourrir et à soigner : deux chevaux de trait, cinq à six vaches pour la traite, des porcs et une multitude de volailles.

 

Le travail de saison suivait également son cours. A l’époque mes parents exploitaient une belle culture de tabac et en cette période de l’année c’était la récolte. Tôt le matin, toute la famille se dirigea ce matin-là vers notre plantation de tabac pour la récolte des feuilles tel c’était l’usage. Une pose « casse croûte » fut faite sur place, et le travail accompli, les feuilles récoltées furent chargées. Il était alors environ 15 heures. Nous reprîmes le chemin du retour avec notre chargement attelé à nos deux chevaux de trait vers notre domicile. En rentrant au village, quelle surprise nous attendait et quelle stupéfaction … !

 

Il y avait de l’affolement partout, tout le monde était frappé de consternation.

 

Nos voisins nous firent savoir : "La guerre est déclarée, il faut évacuer immédiatement notre village"

Ce fut le cas pour toute la région frontalière, de Saint Louis à Wissembourg en passant par Strasbourg ainsi que la Moselle.

 

Mais attardons-nous un peu sur cette déclaration de la guerre. Elle n’a pas été déclarée subitement, ni à l’improviste et sans préparation. Cela faisait déjà deux à trois ans qu’on parlait d’évènements politiques, de mouvements singuliers, de crises qui se passaient de l’autre coté du Rhin. De notre coté, des exercices militaires se déroulaient dans le but d’améliorer la défense du pays et on construisait même des fortifications. Enfin, on avait informé les municipalités qu’en cas de conflit grave, on prendrait des dispositions spéciales afin de mettre les populations le long des frontières Franco-Allemande en sécurité dans l’arrière-pays.

 

Ce 1er Septembre 1939, donc en début d’après midi, l’ordre d’évacuation immédiate fut diffusé et toute la population dut quitter le village avant 24 heures.

C’était vraiment un ordre cruel et terrible pour nous tous ; cela voulait qu’il fallait tout abandonner, quitter ce lieu chéri avec juste le minimum vital nécessaire qu’on pouvait emporter sur une charrette à quatre roues, tractée par deux chevaux de trait.

 

Pour nous agriculteurs qui avaient en plus du ménage, un petit capital en bétail, en récolte, en machines, cela signifiait qu’il fallait laisser tout à l’abandon. C’était un choc pénible pour mes parents. Pour moi, âgé de 15 ans, c’était moins tragique. A cet âge-là, on ne conçoit pas les choses de la même manière.

Plus haut, j’ai cité que pour cette journée, nous ramenions un chargement de tabac de notre plantation. Eh bien ! il est resté tel quel dans notre cours sans le décharger.

Aussitôt après, nous nous sommes activés à préparer un autre chargement avec les affaires les plus urgentes en commençants par la literie, des matelas, de l’habillement, de la vaisselle, des vivres de toute sorte, même de la volaille fourrée dans des cageots. Par-dessus tout cela, il fallait aménager une place pour la famille ainsi que pour une voisine avec son enfant : son mari étant déjà mobilisé. Quel spectacle désolant que tous ces chargements de misère…

 

Etant donné que l’ordre d’évacuation des lieux était donné pour 24 heures, nous avons attelé nos deux chevaux de trait et avons pris le départ en laissant tout derrière nous : le bétail, toute notre propriété et tous nos biens souvent si durement acquis….

Quelle affliction et quel désespoir pour tout abandonner…. !

A l’heure actuelle, inimaginable….

Nous avons rejoint  la route qui mène au village de Roggenhouse et l’ordre donné que pour la première étape, il fallait rejoindre la commune de Hartmannswiller située au pied des Vosges.

 

Quel spectacle… ! La formation de notre convoi ; des charrettes surchargées sur lesquelles perchaient des grands parents et des petits enfants : les personnes plus jeunes suivaient à pied, d’autres en vélo. Et le dit convoi ainsi formé mis toute la nuit pour rejoindre Hartmannswiller. Là, la population fit de son mieux pour nous recevoir. Je me rappelle, la rencontre avec un détachement militaire qui stationnait  près de la forêt communale. En voyant arriver notre formation ou convoi, ils étaient surpris car ils n’étaient pas au courant de la déclaration de la guerre. Toute fois ils étaient assez confiants puisque d’après eux, ce cauchemar devait se terminer rapidement, en quelques jours, tout au plus en quelques semaines. Ils ne se doutaient pas que cela allait durer cinq ans et neuf mois… !

 

A Hartmannswiller, notre séjour fut de trois jours environ. Pendant ce temps, les autorités prenaient les dispositions pour nous emmener dans des lieux encore plus sûrs, c'est-à-dire en ce qui nous concernait, nous envoyer vers le Sud-Ouest de la France sans préciser le lieu de destination exact.

 

A Soultz, petite ville voisine de Hartmannswiller, dotée d’une ligne de chemin de fer, se préparait un autre convoi composé en grande partie de wagons de marchandises et de deux à trois wagons de voyageurs. L’ordre nous fut donné de rejoindre ce convoi en vue du départ. Avec nos charrettes chargées et attelées de nos deux chevaux nous avons donc rejoint la gare, et là … quelle douloureuse surprise … !

L’ordre disait que seul le strict minimum pourrait être emporté. La plupart d’entre nous prirent donc place dans les wagons de marchandise sans la moindre installation hygiénique pour un voyage qui devait durer une semaine. Quelle pagaille !!!, Hommes, femmes, jeunes, moins jeunes, embarqués pêle-mêle dans des wagons à bestiaux….

 Seul, les vieilles personnes et les malades avaient droit à une place assise dans un wagon voyageur. Et le comble dans tout cela : nos chevaux et charrettes devaient rester sur place ! Une triste file de charrettes et de chevaux abandonnés… !

 

Tout ceci était pour moi, garçon de quinze ans, comme une aventure ou le début d’une grande évasion

 

Le convoi étant prêt, le départ fut donné et nous voilà en route pour une destination inconnue, quelque part dans le Sud-Ouest de la France. De temps en temps le train s’arrêtait ou était dirigé sur une voie de garage pour laisser circuler les convois militaires, puisque ne l’oublions pas, la guerre était déclarée et la France devait prendre ses dispositions. Dans les gares importantes, des arrêts de notre convoi étaient prévus afin de permettre à la Croix Rouge et diverses organisations de nous ravitailler et de pratiquer des soins aux nécessiteux.

 

Notre voyage qui dura environ une semaine nous fait vivre des moments inoubliables où de drôles de faits se sont produits. Voici une petite anecdote dont je me souviens : Dans notre wagon un couple âgé avait emporté comme tout le monde, divers vivres dans leurs bagages, entre autre, une marmite avec une préparation de civet de lapin. Mais comme il manquait dans les wagons de quoi pour faire cuire, au bout de trois à quatre jours, une drôle d’odeur commença à se dégager et on fut contraint de s’en débarrasser au plus vite.

 

Enfin, d’après mes souvenirs, par une belle journée ensoleillée, notre convoi s’arrêta en cette gare de GIMONT-CAHUSAC. Quel soulagement pour nous tous !!! Enfin au but… !

 

Nous fûmes reçus par les autorités municipales avec à leur tête, Monsieur BASSAT, maire. Les premiers contacts des réfugiés avec les Gimontois n’étaient pas très faciles…. La génération d’Alsaciens de l’époque ne parlait pas ou très peu le français. Seuls, les jeunes dont je faisais partie pouvaient se faire comprendre. En outre, les Blodelsheimois qui avaient voyagé dans les wagons de marchandises et dans des conditions précaires, sans eau pour se laver, sans pouvoir se changer n’avaient pas l’air rassurants.

 

Ma première impression en descendant du wagon fut l’étonnement… ! Pensez donc ! Nous étions à environ 900 km de l’Alsace. Le gamin de quinze ans que j’étais était émerveillé de découvrir cette région inconnue avec son charme ; il n’en était pas de même pour les adultes, comme vous pouvez l’imaginer. Les autorités municipales chargées d’accueillir les réfugiés ont fait de leur mieux pour parer au plus pressé et pour nous trouver des logements. Je me rappellerai toujours de notre première nuit ; mes parents, ma sœur et moi, nous l’avions passée à CAHUSAC dans une pièce mise à notre disposition. Ce logement était situé dans la rue principale et si mes souvenirs sont bons, à coté d’une épicerie et non loin d’un forgeron.

 

La population Gimontoise de par ses efforts pour nous accueillir a agrémentée notre vie de << Gens Déplacés >>. Les jours suivants, mes parents ont trouvé un logement définitif que nous pouvions aménager à notre guise avec le peu de bagage qui nous restait. Notre nouvelle demeure se situait dans la rue face à la Gendarmerie de Gimont, à coté de chez Madame IDRAQUE. Nous étions démunis de tout mais il fallait bien vivre ; alors dans un premier temps, la municipalité distribua des bons d’achats gratuits pour viande, pain etc… pour parer au plus pressé. Encore aujourd’hui, 40 ans après, les Gimontois méritent toute notre reconnaissance. Je me souviens également de mes premiers achats, à la boucherie de << Chez UFFERTE >> ; le pain que nous prenions à la boulangerie << LACOME >> et l’épicerie << Chez TOURON >>

 

Petit à petit, notre vie de réfugiés s’organisa. Au début de notre séjour, nous avons découvert un environnement tout à fait nouveau. Les personnes âgées avaient certes encore beaucoup de problèmes de communication en raison de leur dialecte et elles ne trouvaient guère d’occupation.

 

 Par la suite, les bons d’achats gratuits furent remplacés par une allocation de réfugiés de l’ordre de dix francs par jour et par personne.

Vu que nous n’avions pas de travail précis, nos rendez-vous quotidiens nous menaient sous la Halle, bâtiment ancien splendide qui à nos yeux était une merveille ; ensuite les rencontres se faisaient dans les petits bistrots où les Blodelsheimois ont apprécié le vin rouge de la région.

 

Le marché aux volailles du mercredi était pour nous Alsaciens qui ne connaissent pas cette animation locale, un évènement, une vraie fête…! Pensez donc, la vue de ces belles oies et de cette magnifique volaille une  chose extraordinaire. Idem pour le marché à bestiaux aux Capucines. Le bétail régional était une merveille que nos paysans ne soupçonnaient pas et ne pouvaient qu’admirer.

 

Les jours passaient et nous commencions à explorer les environs immédiats de Gimont et de sa région vallonnée, avec sa campagne parsemée de fermes. Plus d’un de nos anciens agriculteurs étaient surpris de voir des attelages de bœufs qui prédominaient, alors qu’à Blodelsheim on ne connaissait que les chevaux de trait. Nous avons aussi cherché du travail rémunéré en commençant par les vendanges dans les environs. Certain comme mon père sont partis sur Toulouse pour travailler dans une cartoucherie. D’autres encore ont trouvé un emploi aux Ponts et Chaussées ou dans les fermes.

 

Quant à moi, garçon de quinze ans, j’ai trouvé une place dans le commerce de volaille de Monsieur Jean SEGUIN. Cet emploi m’a beaucoup plu ; je me suis facilement adapté ; c’était à la fois varié et amusant et surtout nouveau pour moi. Nous faisions les marchés toujours très animés et spectaculaires et nous voyagions beaucoup. La famille Jean SEGUIN m’avait accepté avec sympathie et leurs fils Bernard et Philippe, je m’étais lié d’amitié. Des relations amicales subsistent jusqu’à nos jours.

 

 

Notre séjour dura un an environ. Malgré notre situation de << Gens Déplacés >>, de réfugiés, nous gardons d’agréables souvenirs gravés dans nos esprits et je sais que chacun d’entre nous aurait sa petite histoire à raconté sur cette période de sa vie. Pendants cette année là, des amitiés nouvelles se sont nouées et aujourd’hui, 45 ans après, elles existent toujours aussi sincères et durables qu’à l’époque. Elles se sont consolidées et ont abouti à la proclamation du jumelage de nos deux communes GIMONT – BLODELSHEIM en 1982 et 1983

 

Un mot sur Paul PETER né le 29-4-1924 à Blodelsheim, il s’est marié avec Georgette SITTERLE le 21-5-1951 à Blodelsheim, le couple donna naissance à deux enfants, André et Annette. Paul est décédé le 25-7-1996, son épouse Georgette est décédée le 30-4-2004.

 

Paul PETER, incorporé de force dans l’armée allemande, fit la dure campagne de Russie autour de la Mer Noire. Blessé et malade il obtient une permission de convalescence en fin 1944, ce qui lui permis avec de la chance de déserter en attendant la Libération de Blodelsheim en février 1945.

Paul et Georgette, couple d’agriculteurs, étaient nos amis depuis notre jeunesse. Nous nous sommes rencontrés pour toutes les fêtes familiales.

 

Histoire vécue par Paul PETER

Recueillie et mise en page par Emile DECKER en mai 1984

Le témoignage de Émile Decker lui même âgé de 12 ans en 1939

 

Je voudrais faire part à ceux qui le liront, ce que j’ai vécu à l’âge de 12 ans à Blodelsheim.

 

Mais pas seulement moi, une grande partie de la population alsacienne frontalière fut touchée un 1er septembre 1939, 1er jour du début de la 2ème guerre mondiale qui provoqua d’innombrable malheurs et de misère dans le monde entier.

 

J’ai vécu cela avec mes parents, agriculteurs, comme la majorité de la population des ces villages ruraux le long de la frontière franco-allemande.

 

C’était le 1er Septembre 1939 que tout commença par une belle journée ensoleillée de la fin de l’été. Je me rappelle comme si cela s’était passé hier … !

J’étais un garçon de douze ans, et je commençais déjà à réfléchir et à comprendre, et certains faits précis de cette époque dramatique sont restés gravés dans ma mémoire.

 

Mes parents étaient de petits agriculteurs comme la plupart des habitants de la localité. Notre domicile était situé dans la rue du Marché de Blodelsheim, village situé dans la Hardt Rhénane. Dans ma famille, nous étions au nombre de six, à savoir : mon père, ma mère, la grand-mère paternelle âgée de 77 ans, mon frère Henri, ma petite sœur Jeanne et moi-même. J’étais l’aîné de deux garçons. Etant agriculteur, nos parents possédaient un nombreux « cheptel » composé de deux chevaux de labour, quatre ou cinq vaches laitières, des porcs et une multitude de volailles divers.

 

Ce 1er Septembre 1939, mes parents étaient encore occupés à faire les foins, le fourrage pour nourrir notre bétail en hiver. Après le déjeuner, il devait être aux environs de treize heures, nous nous apprêtions de rentrer un chargement de fois. Mon père, ma mère et moi étions en route vers les prés avec notre attelage (une charrette à quatre roues cercler de fer tirée par nos deux chevaux de trait) pour passer dans l’actuelle rue du Canal d’Alsace. Des habitants nous arrêtèrent tout affolés pour nous annoncer la nouvelle tragique : la guerre est déclarée, le village doit être évacué d’urgence…. !

Notre village, situé en première loge, à environ 1 Km du Rhin et de la frontière Franco-Allemande, était en danger en ce début de guerre comme toute la région frontalière de St. Louis – Strasbourg- Wissembourg et la Moselle.

Les ordres donnés étaient formels : «  Le village doit être évacué pour 22 heures du soir. Toute la population doit rejoindre la localité de Hartmannswiller pour une première étape »

Quel malheur et quelle peine et désolation s’abattit sur nous tous …. ! Mais aussi sur tous les villageois qui durent tout abandonner leur maison, leurs biens… Pour moi, gamin de douze ans, c’était moins tragique, je ne comprenais pas trop bien, c’était plutôt le début d’une aventure ou d’un voyage fantastique.

A l’époque, il existait encore un appariteur qui passait dans les rues du village avec tambour à la main, et qui diffusait les arrêtés municipaux ou les diverses nouvelles. C’est lui qui ce jour-là passait dans les rues pour annoncer cette pénible et tragique nouvelle émanant de l’administration civile et militaire. Mais personne ne pouvait imaginer en ce temps-là, l’ampleur que prendrait cette tragédie qui venait de débuter.

Evidemment, cet ordre d’évacuation n’est pas venu subitement du jour au lendemain. Il suivit la déclaration de guerre entre la France et l’Allemagne. Mais avant tout cela, des signes précurseurs de conflits entre les différentes puissances de l’Europe se dessinaient ; depuis deux ou trois ans, on préparait cette guerre. On a essayé de se protéger d’une éventuelle invasion en construisant des abris militaires, la fameuse << Ligne Maginot >>

 

Des exercices militaires eurent lieux, les grandes casemates (fortifications) étaient occupées depuis le printemps et à l’école primaire du village, on étudiait le masque à gaz en cas d’une éventuelle utilisation ! Du coté Allemagne, la situation politique hitlérienne  n’avait rien de rassurant, des évènements bizarres étaient intervenus et d’autres se préparaient… ?

 

Donc en cet après midi di 1er Septembre 1939, c’était l’affolement général dans le village … Où irions-nous ? Qu’allions nous devenir, qu’allions nous emmener ? Que deviendraient notre propriété, notre maison, le bétail, les champs avec les récoltes, et tout ce qui représentait notre fortune de paysans … ? Mes parents et moi commencèrent à préparer notre départ dans la cour de notre demeure. Sur la charrette à quatre roues, nous entassions pêle-mêle les choses de premières urgence, des matelas, de la literie, sac de farine, des sacs de pommes de terre, du lard fumé, de l’habillement, de la vaisselle ; poules et lapins furent fourrés dans des cachots… ! En plus de cela, il fallait prévoir sept place ( une pour chacun de nous et pour notre jeune chien qui était également du voyage ). Quelle désolation pour nous tous que de devoir laisser nos vaches, nos cochons et tous les autres biens pour lesquels nous n’avions pas de place sur la charrette… Mais les ordres étaient formels : il fallait emmener que le strict minimum vital, laisser le reste car l’armée s’en chargerait par la suite… Il est presque impossible d’imaginer que pareille chose pourrait arriver de nos jours car ce serait la chaos total…

Et le chargement continuait, on rajouta des gamelles, des seaux, des marmites furent accrocher de chaque côté, et ce lourd chargement devait être tiré par de deux chevaux de trait en notre possession.

Ce fut le début le début d’un exode d’environ un an ; nous étions les premiers acteurs de cette tragédie qui dura cinq ans et neuf mois et qui bouleversa la monde entier… !

 

Vers vingt heures, nous fûmes prêts pour le grand départ, quitter notre demeure. Quel déchirement pour mes parents, il fallait tout abandonner, le bétail, des machines agricoles les meubles qui devaient rester, tout cela représentait pour tous « leur petite fortune » réduites à l’abandon et pour quelle cause… ?

Les larmes aux yeux, nous quittâmes le village. Nous étions comme une grande famille en deuil ; tout les gens et habitants se faisaient des adieux. Le spectre de la guerre planait au-dessus de nous et fallait s’attendre à tout moment à entendre tonner le canon.

Mon père, étant un homme avisé et prévoyant, avait à l’approche de la guerre prise de par sa propre initiative, des précautions pour une éventuelle évacuation. Il avait des amis dans la vallée de Munster qui étaient prêts à nous héberger si nécessaire.

Ce 1er  Septembre, avec notre attelage, et son chargement, une vraie petite quincaillerie, nous prîmes la direction de Fessenheim, Oberhergheim, Herrlisheim, Wintzenheim et Gunsbach. Nous avons roulé toute la nuit à une vitesse de 5 à 6 Kms à l’heure avec des arrêts momentanés pour faire souffler les chevaux et pour les désaltérer.

Mais pour moi, garçon âgé de 12 ans, c’était le début d’une aventure, un grand voyage.

 

Mon lit était un bout de matelas sur la charrette et de temps en temps je descendais pour me dégourdir les jambes. Vu la vitesse de notre attelage conduit par mon père, je suivais facilement. Mais à tour de rôle on descendait de notre chargement pour se dégourdir les jambes et on marchait derrière. La circulation automobile était pratiquement inexistante. Comme éclairage une lampe à pétrole accrochée sous la charrette qui donnait le signalement de notre véhicule.

Nous n’étions évidemment pas les seuls à quitter notre village. Au fur et à mesure que nous avancions des colonnes de charrettes éclairées de lampe à pétrole se formaient et suivaient le chemin de l’exode. Tous quittèrent la zone dangereuse frontalière cause déclaration de la guerre et à tout moment on attendait des tirs de canons … ! Mais en vain….

 

Etant donné que mon père avait organisé notre probable évacuation, nous n’avions pas suivi la grande partie des habitants de Blodelsheim. Ceux-là furent dirigés vers le village de Hartmannswiller pour le premier point de rassemblement, puis vers Soultz où ils furent embarqués dans des wagons à bestiaux pour un voyage d’environ huit jours vers le département du Gers, où le convoi ferroviaire s’arrêta à la gare de Gimont.

 

Aujourd’hui, en 1984, 45 ans après ces évènements, mes parents et grands parents ont disparu. Mais moi, âgé maintenant de 57 ans, je me rappelle de notre exode comme si cela s’était passé hier. Mes parents et comme tous ceux toucher par l’évacuation dans les zones frontalières, ont payé un lourd tribu, ils ont tous perdu, le bétail, les récoltes, même les meubles et les maisons vidées de leurs contenus, volés ou dilapidés par les militaires de l’armée française, dans l’optique, c’est la guerre au cours de laquelle il y aura quand même des destructions … ? Mais la réalité était tout autre.

 

Cette terrible guerre a laissé des séquelles et a surtout profondément marquée toute une génération d’alsacien et aussi mosellan !

 

Emile DECKER – Blodelsheim. Fichier Blodelsheim 1939

Témoignages de deux soeurs : Marie-Rose et Joséphine Antony

Voici le récit de deux sœurs, aujourd’hui veuves et grands-mères habitantes de Blodelsheim qui racontent un souvenir commun et réellement vécu.

C’est l’histoire d’un fait dramatique d’il y a environ 50 ans, également vécu par tous les habitants de Blodelsheim et bien d’autres communes alsaciennes par site des évènements politiques débouchant sur une guerre :

La 2ème guerre mondiale 1939 – 1945.

 

Ce fait historique a débuté le 1er septembre 1939 et on le surnomma « L’évacuation ou la mise en sécurité de la population exposée des zones frontalières pour risque de guerre…… ! Rappelons brièvement que Blodelsheim est situé à environ 1 km du Rhin et de la frontière franco-allemande.

 

Il s’agit de Marie Rose ANTONY née le 19-1-1917 à Blod. âgée de 22 ans et Joséphine ANTONY née le 17-2-1908 à Blod. âgée de 31 ans en 1939. Deux sœurs issues d’une modeste famille d’agriculteurs de Blodelsheim, la famille Ignace ANTONY, domiciliée dans la rue des tuiles. Il y avait le père Ignace âgé de 66 ans, la mère Joséphine âgée de 60 ans, et Joséphine, Marie Rose, Emile âgé de 26 ans, et Adolphe. Adolphe n’habitait plus au domicile vu qu’il c’était marié début 1939 et quitta le foyer familiale.

C’est en 1988 que les deux sœurs nous ont conté leurs souvenirs de l’évacuation, les parents et le frère Emile étant décédés.

 

Ce jour du 1er septembre 1939, nous faisions notre travail quotidien de saison, c'est-à-dire les foins, malgré les rumeurs menaçantes, malgré le va et vient de détachements militaires, malgré une certaine incertitude…. On parlait de guerre probable mais qui y croyait déjà vraiment ?

 

Joséphine était dans les champs, occupée à retourner les foins lorsque Emile son frère vint la chercher à toute hâte pour lui annoncer la grande et triste nouvelle « la guerre est déclarée » et il faut évacuer avant ce soir à minuit.

Les parents préparèrent une charrette attelée par nos deux chevaux avec des affaires que nous pouvions emporter et ce dont nous avions le plus besoin, de la literie, de la nourriture, de l’habillement etc….

 

Il fallait également prévoir de la place pour sept personnes, les cinq membres de la famille plus deux tantes dont nous avions la charge. Nous devions tout laisser, tout abandonner, nos meubles, nos biens les plus précieux, notre cheptel ( vaches porcs, volailles et un poulain ) Quel spectacle désolant que de voir notre chargement de fortune et de partir en laissant tout derrière nous, notre maison, notre quotidien, notre cœur ….. !

Joséphine se souvient : << En quittant notre domicile, notre père nous défendit de regarder en arrière, vers notre maison et de ne pas pleurer, car, disait-il, c’est la guerre, lui qui avait vécu la 1ère triste et malheureuse guerre.

 

A 20 Heures, tout le village était prêt pour évacuer. L’ordre donné était de prendre la direction de Roggenhouse pour rejoindre la localité de Hartmannswiller premier lieu de rassemblement, ce village situé à environ une trentaine de kilomètres de Blodelsheim. Un triste convoi cahoteux migrait donc lentement dans la nuit tombée pour arriver le lendemain matin à Hartmannswiller. Là nous étions logés provisoirement dans différentes familles d’accueils pour deux jours. Puis le quatre septembre, nous dûmes rejoindre la gare de Soultz pour prendre le train vers une destination inconnue. Le train qui nous attendait était composé en partie de wagons de marchandises. Nous dûmes donc abandonner nos chevaux et charrette pour embarquer dans les différents wagons (30 personnes par wagon avec un parterre de paille pour nos couchettes et sans sanitaire….) Nous étions de la marchandise à transporter……

 

Marie Rose et Joséphine, (en 1988) se souviennent encore très bien du nom de toutes les personnes qui étaient dans leur wagon….

 

Le train partit en direction du Sud-Ouest de la France. Il s’arrêtait de temps en temps pour laisser la priorité aux convois militaires ou pour nous ravitailler en nourriture et donner des soins aux nécessiteux dans une gare auprès de la croix rouge. Marie Rose se souvient avoir dormi durant 18 heures sur la paille tellement elle était fatiguée…

Après un voyage d’environ 3 ou 4 jours, le train arriva en gare de Auch. De là il fut diriger vers Gimont où nous débarquâmes le jeudi 7 Septembre 1939 dans l’après midi. En débarquant de ces wagons de marchandises, un spectacle ahurissant s’offrait aux Gimontois. De plus la plupart des personnes de notre génération ne parlait pas le français. Seuls, les plus jeunes connaissaient cette langue … !

Le premier contact avec la population gimontoise était des plus froid et pour cause….

 

Pourtant très rapidement les gens ont compris la situation dans laquelle nous nous trouvions. L’accueil devenait chaleureux et les visages se déridaient.

Monsieur le Docteur MOUCHET domicilié à CAHUSAC nous a accueillis. Pour la première nuit nous logions dans une dépendance vide de sa propriété. Nous couchions sur un plancher démuni de toute literie. Mais dès le lendemain, il nous a été offert ce dont nous avions le plus besoin.

 

Le surlendemain, sur la place de la chapelle de CAHUSAC, une roulotte cuisine  est installée. La municipalité de GIMONT, aidée par des commerçants, a fait le maximum pour nous soulager et améliorer notre triste situation. Les premiers jours ont été extrêmement pénibles. Mais peu à peu, la vie s’organisait ; des bons de ravitaillement ont été distribués et une allocation de dix francs par jour et par personne nous a été allouée.

 

 Le Docteur MOUCHET proposa son hospitalité à nos parents. Nous, nous avons été logés dans la famille UFFERTE, marchand de bestiaux, domiciliés à la ferme « Empâtre ». Nous vaquions à toutes sortes de travaux, administration de soins aux bétails, traite des vaches, distribution de lait. Le travail de la ferme n’avait rien de secret pour nous.

 

Monsieur le curé, Florent KAUSS de Blodelsheim qui nous avait accompagnés, s’occupait à desservir la paroisse des réfugiés. Nombreux étaient ceux qui fréquentaient les offices religieux. Pour les fêtes liturgiques, nous organisions des processions et tel qu’il était de coutume, nombreux d’entre nous portaient le costume alsacien.

Pourtant, notre courage a été mis bien des fois à l’épreuve. Ainsi Joséphine se rappelle des conversations de la clientèle de l’Hôtel Restaurant « Chez Jeannette » de Gimont, où elle travaillait. Entre eux les Gimontois se consolaient et disaient que si Paris est occupé, eh bien on prendra Toulouse comme Capitale. Le flegme et cette désinvolture étaient déconcertants.

 

Nous retrouvions l’espoir d’un retour en Alsace en fin juin 1940, après la malheureuse campagne et au moment de la signature de l’Armistice. Fin août les préparatifs pour le retour étaient engagés.

Malgré l’insistance des Gimontois pour que nous restions chez eux, nous préférions retourner dans notre Alsace occupée. Le 13 septembre 1940, le convoi entamait le chemin du retour.

 

En arrivant à la gare de la ville de Beaune, nous faisions notre première rencontre avec l’armée allemande. En entrant dans la gare de cette ville, notre enthousiasme se calma. Le silence se fit dans l’ensemble du convoi. En effet, les hauts parleurs diffusaient des ordres brutaux, les quais étaient remplis d’uniformes gris vert. L’ordre était donné que la langue allemande était obligatoire…. !

Le convoi poursuivait sa route et nous acheminait en la gare de Mulhouse. L’occupant avait pavoisé les quais de multiples drapeaux à croix gammée. D’immenses panneaux publicitaires affichaient les mots suivants << Hertzlich Willkommen in der Heimat >>. Le tout était agrémenté d’une musique militaire !

En vu de tout cela, nombreux étaient ceux qui regrettaient déjà d’avoir entamé le chemin de retour, mais il était trop tard !

Le train continuait et arriva en gare de Bantzenheim. Tous, quand même heureux d’arrivé à destination, nous débarquions du train pour embarquer dans des camions militaires allemands qui devaient nous ramener jusqu’à Blodelsheim chez nous, distant de quelques kilomètres.

Ceci se passait les 16 et 17 septembre 1940.

 

Arrivé à notre domicile que nous avions quitté il y a tout juste un an, en rentrant dans nos demeures, la stupeur fut alors à son comble, qui à surpris nous tous… !  Tout était vidé…. ? Non pas que les bâtiments avaient été démolis durant des batailles, mais les pillards avaient tout raflé, volé ! Les armoires avaient été vidées de tout leur contenu, des meubles manquaient, l’outillage, les machines agricoles, avaient disparue…

 

50 ans après il nous est impossible de nous rappeler des détails manquants. Mais il est certain que nous nous retrouvions une fois de plus, dépossédés de tout.

Mais la vie allait reprendre le dessus. Il fallait recommencer à travailler, pour survivre. L’essentiel pour nous était d’avoir retrouvé notre terre natale, notre Alsace !

Malgré les incertitudes, malgré l’occupant, nous vivions dans l’espoir de revoir des jours meilleurs et nous étions persuadés que la France allait retrouver la Liberté et la Paix.

 

Témoignage recueilli auprès des deux sœurs Joséphine et Marie Rose ANTONY par Emile DECKER en décembre 1988.

Lettre du 28 février 2010 adressée à Émile Decker de la part de Jacques LAJOUX de Gimont d'après un témoignage de Edouard Decker.

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Histoire racontée par Edouard DECKER de Blodelsheim à Jacques LAJOUX de Gimont lors du jumelage en octobre 1982 qui a logé le couple Edouard et son épouse.

 

Voici ce que Mons. Edouard DECKER m’a raconté sur son départ de Blodelsheim lors de l’évacuation de septembre 1939…. !

 

J’avais 18 ans, j’étais agriculteur chez mon père. Je travaillais au tabac chez moi quand le tocsin a sonné. Au village on nous a dit : vous avez deux ou trois heures pour faire vos bagages et rendez vous à la gare de… ? On a attelé un cheval, on est monté dans la charrette, nous tous plus une tante, et après on a laissé le cheval et la charrette sur le quai de la gare.

 

Les wagons étaient des wagons de marchandise vides. On ne savait pas où on allait, on était ravitaillé dans les gares par la Croix Rouge, correctement.

Trois jours après on est arrivé à Gimont. Certaines de nos familles (rare heureusement) avaient été séparées à Agen car une partie du train partait vers le Gers et une autre partie vers les Landes. Ceux qui n’avaient pu suivre leurs familles étaient ceux qui avaient changé de wagon pour allez bavarder dans un autre.

 

Quelquefois le train s’arrêtait en pleine campagne et il nous est arrivé d’aller prendre des fruits dans un verger.

A Gimont on a été bien accueilli : on nous logeait dans de grandes maisons sans électricité, ni rien, du genre appartements abandonnés, On nous a dit qu’il ne manquait pas de place à Gimont.

Ce qui nous a surpris au début c’est que tous, ou presque, à Gimont faisait leur cuisine à la cheminée. Nous en Alsace on ne savait pas ce que c’était une cheminée ! il y avait partout des poêles. La crémaillère, tout ça, on ne comprenait pas.

Le problème d’intégration était compliqué du fait que peu d’entre nous parlaient le français, on parlait le dialecte alsacien.

 

Mon père m’a redit souvent par la suite que son passage à Gimont (nous logions chez « BELLOC » au dessus de la librairie « FURCATTE » était un des meilleurs moments de sa vie surtout parce que cette période se situe entre deux voyages plus dramatiques. Le départ et le retour chez nous sous occupation Allemande.

 

Fin des souvenirs de DECKER Edouard.

Notes prises par Jacques LAJOUX, président fondateur du groupe « Archéo » de Gimont.

 

Cordialement,

Jacques LAJOUX

Chemin St. Jean

32200 Gimont

Autre document sur le déroulement de l’évacuation mais aussi le retour en septembre 1940

 

 

La mobilisation générale est décrétée le 1er septembre 1939 à 10 heures. A 13 h 00 un télégramme adressé à tous les préfets des régions concernées par l’évacuation.

J’ai l’honneur de vous informer que le déclenchement évacuation zone avant Moselle, Bas Rhin et Haut Rhin. Prenez dispositions nécessaires sans délais.

La Gendarmerie se rend dans toutes les mairies. Les plis cachetés sous le sigle «  Secret – Pas de calais » sont ouverts. Ils donnent les instructions pour le départ, le centre de recueil à joindre et l’itinéraire à suivre.

 

Pour le Haut Rhin : 37 communes sont évacuées le 1er septembre 1939, 20 autres sont évacuées en mai et juin 1940.

 

L’évacuation de Blodelsheim

 

Ce 1er septembre sera une journée inoubliable pour tous ceux qui l’avait vécu, stupeur et douleur allaient s’entrechoquer. Tous les habitants du village furent obligés d’abandonner leurs biens dans les plus brefs délais. La guerre est déclarée….. ! Seule une commission de sauvegarde devait rester sur place.

Au début de l’après midi de ce fameux vendredi, l’appariteur flanqué de son tambour déambulait le long des rues du village en diffusant l’ordre d’évacuation immédiat pour 22 heures au plus tard avec point de ralliement la localité de Hartmannswiller.

 

Affolement, tristesse, consternation, confusion, pleurs, tout commentaire était inutile. Il fallait se préparer et prendre les dispositions nécessaires pour rassembler un minimum de paquetage vital que l’on pouvait emmener et ce dont on avait besoin de plus urgent. Tout le reste était laissé derrière.

La plus part des habitants était agriculteur, le nombreux cheptel, les animaux de basse-cour, les récoltes engrangées, l’outillage agricole, l’ameublement, en somme les biens de chacun devaient rester à l’abandon. Les consignes étaient diffusées que l’armée en position devrait s’occuper pour sauver le maximum.

 

 En plus une commission de sauvegarde avait été créée, composée d’une quinzaine de personnes valides et non mobilisables qui devaient rester sur place. La mission de cette commission était d’organisée le sauvetage du cheptel abandonné, de la surveillance, en collaboration avec l’armée et rester en contact avec la population évacuée.

C’était donc un véritable « crève-cœur » que de laisser tout ce que l’on possédait et aucun mot ne peut traduire le désarroi dans lequel se trouvaient les habitants en cours d’évacuation subite… !

 

On entassait et chargeait des chariots pêle-mêle d’effets de couchage, d’habillement, de vivres, des casseroles etc….. ! Ceux qui n’avaient pas de moyen de locomotion étaient pris en charge par des voisins, la solidarité avait son vrai sens à l’époque.

 

 Puis en soirée, les chevaux sont attelés prêt pour le grand et tragique départ, pour des gens dont beaucoup d’entre eux n’avaient jamais quitté leur village.

 

Ce fut un grand et malheureux départ d’une population vers l’inconnu. Les habitants de Blodelsheim comme tous ceux des nombreuses localités prévues dans le plan d’évacuation étaient les premières victimes touchées par ce conflit armé qui devait durer 5 ans et 8 mois que personne ne pouvait prévoir….

 

Vers 20 heures un triste convoi cahoteux et désolant migrait lentement à la nuit tombée pour arriver le lendemain matin à Hartmannswiller. Ce village était le premier point de chute de ces gens déplacés, car il était prévu que les populations évacuées seront hébergées quelques parts dans le Sud-Ouest de la France.

 

Le 3 septembre à la gare de Soultz, avec les évacués de Munchhouse, ces populations étaient embarquées dans des wagons de marchandises, 30 personnes par wagon avec un parterre de paille pour seul couchage, sans sanitaire. Seules les personnes âgées ou malades avaient une place dans un wagon de voyageurs.

 

Ce fut un départ bouleversant vers une destination inconnue. Les chariots avec leurs attelages et beaucoup d’affaires qu’on a essayé de sauver, restaient à quai, là, à l’abandon…

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Le convoi ferroviaire prit la direction du Sud-Ouest et après 4 jours de voyage, il s’arrêta dans la gare de Gimont-Cahusac, département du Gers, jeudi 7 septembre. En débarquant des wagons de marchandise, un spectacle ahurissant s’offrait aux Gimontois que de voir ces gens déplacés, hagards, hébétés, pétrifiés et fatigués après quelques jours à passer sur la paille, sans pouvoir se laver et qui en plus ne parlait que très peu le français….l’ancienne génération alsacienne ne parlait pas le français du tout.

 

Le premier contact avec la population de Gimont était des plus froid et pour cause ?

 

Mais après la « confusion » des premières semaines dût principalement aux difficultés matérielles, aussi et surtout au dialecte, les populations nouèrent des liens d’amitiés étroits et durables.

Pour le rappeler, les anciens ne parlaient ou très peu le français et pour cause, nombreux furent ceux qui fréquentaient l’école allemande entre 1872 et 1918.

 

 

Les Gimontois ont fait de leur mieux pour alléger la vie des réfugiés. La preuve, le jumelage et les nombreux contacts et visites entre les deux communes attestent que les gens ont apprit à se connaître et s’estimer. Des amitiés sont nées et perdures depuis cette époque douloureuse.

Soixante dix ans après, le souvenir reste vivant dans les mémoires et les cœurs de tous, même chez ceux qui n’ont pas vécu l’exode.

 

Le séjour des réfugiés à Gimont était de un an, puis le retour s’effectue en septembre 1940, un départ de Gimont inoubliable et douloureux pour ceux qui l’avaient vécu.

 

Le retour des évacués de Blodelsheim en septembre 1940

 

En juin 1940, la bataille de France s’est achevée dans la débâcle et dans la plus grande confusion. Croyant la guerre terminée les réfugiés n’avaient qu’un désir : retrouver la terre natale.

 

L’Alsace occupée, la grande préoccupation de l’administration allemande au lendemain de leur victoire, était de faire revenir au pays, les habitants évacués dans le Sud-Ouest,

 ce qui concernait tous ceux des localités évacuées.

 

A Gimont, en cette fin d’août 1940, les préparatifs pour le retour en Alsace allaient bons train….le 13 septembre 1940 le convoi entama le chemin du retour.

 

L’arrivée en la gare de Beaune fut la première rencontre avec l’armée allemande. L’enthousiasme premier s’estompa rapidement et laissait place à un silence révélateur sur l’ensemble du convoi. Les quais remplis d’uniformes vert de gris n’égayaient point les esprits. Des ordres d’une rare brutalité sont diffusés par les hauts parleurs.

 

(un rappel, la France après la défaite de 1940 est partagée en deux, par une ligne de démarcation qui passait  par Beaune)

 

L’ordre est donné : la langue et le parler allemand est obligatoire.

De nombreuses personnes regrettaient déjà d’avoir pris place dans le convoi de retour, mais il était trop tard et surtout impossible de faire marche arrière.

 

Les 16 et 17 septembre, arrivé en la gare de Bantzenheim eurent lieu les opérations de débarquements, des camions militaires allemands ramenaient les gens avec leurs bagages à Blodelsheim.

 

Arrivé à leur domicile respectif, laissé-là, il y a tout juste un an, ce fut la surprise et la stupeur. Non que les bâtiments aient été démoli par fait de guerre, mais plus par les visions apocalyptiques, tout était à l’abandon, la végétation avait pris le dessus dans les rues, les cours, les jardins, les champs.

    Les pillards avaient fait le reste, tout était raflé, les armoires vidées, les ustensiles, l’outillage, le matériel le plus divers avait disparu, plus de bétail, les machines agricoles entassées en barricades ; même des meubles avaient été emmenés on ne sait où  !

Cette photo est un document rare sur l'Exode des populations de Munchhouse et Blodelsheim de retour en Alsace
le 17 septembre 1940.

Pour revenir à la LIgne Maginot, l'occupant allemand a dynamité les casemates dans les années 1943-44.

Ce sont là les documents essentiels sur la Drôle de guerre, la Ligne Maginot et des témoignages sur cette Exode à Gimont, pour l'année à Gimont proprement dite, consultez ce thème sur la page dédiée sur ce site.

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur la "Drôle de guerre" voici ci-dessous, un document au format mp3
de "2000 ans d'Histoire" de Patrice Gélinet qui fut proposé en 2010.

1939-40 - la Drôle de guerre
00:00 / 27:03

Mis en forme par Patrick Decker en avril et complété en novembre 2021.

Mise en forme par Patrick Decker, Blodelsheim, mars 2021.